vendredi 14 octobre 2022

Le cinéma américain contemporain ou le culte de l'artificialité, un article de Roméo

 


Charlie et ses drôles de dames (2000) de McG

 

Indiana Jones et le temple maudit (1984) de Steven Spielberg est un film intéressant à cause de ses contradictions esthétiques. Le tout début, emprunt de nostalgie, se déroulant dans un bar à Shangaï, nous offre une mise en scène des plus raffinées. Cette première scène se veut tout à fait sérieuse, mais cela ne l’empêche pas de contenir un certain humour très fin, qui n’est absolument pas vulgaire et qui ne vient pas gêner ou briser l’action. L’humour s’intègre au récit le plus naturellement possible, il fait partie de sa matière (tandis qu’aujourd’hui dans les films hollywoodiens qui ne sont pas des comédies, on ajoute aussi de l’humour dans les films « sérieux », seulement cet humour se veut trop voyant. Il se présente de manière un peu vulgaire comme l’instant humour et celui-ci vient rompre toute l’harmonie du récit). De plus, il y a une attention toute particulière dédiée aux personnages, selon leur genre. On sent le féminin (Willie/Kate Upshow), tout comme on sent le masculin (Indiana Jones/Harrison Ford). Nous voyons ce qu’ont de différents les hommes et les femmes, leurs défauts respectifs, la relation qu’ils entretiennent (tout cela participe à l’humour du film évidemment). S’appliquer à représenter un personnage selon son genre, au cinéma, est quelque chose qui se perd. Cette première scène, qui se caractérise donc par son élégance et son raffinement, rappelle les films d’aventures hollywoodiens des années 50, ceux réalisés par les plus grands maîtres du classicisme, comme Howard Hawks. Le début du film évoque donc le cinéma Hollywoodien du passé. Vers la fin du film, on a une scène d’environ 6min30s où les personnages principaux fuient le temple maudit et ses méchants, en étant sur un chariot de mines. Pendant toute la scène, les héros, sur leur chariot, vont essayer d’éviter de dangereux obstacles, rien de plus. Cette scène qui se caractérise seulement par de l’action (et à cause de cela, la scène paraît plus ou moins longue pour certains), fait aussi très jeu vidéo, à cause du fait que les personnages ne font qu’éviter des obstacles. Tout cela rend la scène peu élégante, et nous rappelle cette scène de L’Attaque des clones (réalisé par le pote de Spielberg, Lucas, et sorti en 2002) où Anakin Skywalker/Hayden Christensen et Padmé Amidala/Natalie Portman évitent divers obstacles dans une usine qui fabrique des droïdes, et cela pendant 5 minutes. Ainsi la fin du temple maudit, esthétiquement opposée à son début et caractérisée par sa vulgarité, évoque, quant à elle, le cinéma hollywoodien du futur. Pour être plus précis, ce passage montre ce que le cinéma hollywoodien était en train de devenir dès les années 80, et ce à quoi il allait aboutir au XXIème siècle.

Seize ans après la sortie du temple maudit, sort sur les écrans un film produit par une femme, qui avant d’être l’une des plus belles actrices des années 90-2000, fut elle-même dirigée par Spielberg dans E.T (1982), alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Il s’agit de Drew Barrymore, et le film en question, où elle est donc productrice, mais aussi actrice, c’est Charlie et ses drôles de dames (2000) réalisé par McG. Ce film, qui ne se prend pratiquement jamais au sérieux, évoque tout ce qu’est le cinéma hollywoodien à l’aube du XXIème siècle (et en cela, on peut considérer comme symbolique, le fait que le film soit sorti en l’an 2000), et ce qu’il va continuer à être dans les années qui vont suivre. Mais le film va plus loin. Il ne se contente pas d’aborder le film hollywoodien. Il va au-delà. Il cherche à montrer, d’un point de vue général, ce que sont les images en mouvement américaines, filles des Lumière (et d’Edison), celles qui dominent le monde, au XXIème siècle. Il faut bien insister sur le fait que ce soient les images en mouvement qui dominent le monde, car le film ne prend pas en compte les autres images en mouvement. Par exemple, le film, n’évoque jamais selon nous, le cinéma indépendant américain. Le film aborde les images en mouvement appartenant aux grosses compagnies américaines des œuvres/produits audiovisuels (et puisqu’il ne s’agit pas que d’évoquer Hollywood, on peut voir le fait d’avoir fait appel à un réalisateur venant du vidéo-clip pour faire le film, comme un choix intéressant). Ainsi, le film nous renvoie aux films produits par les studios hollywoodiens, mais il nous renvoie aussi à des films, appartenant à des studios, plus obscurs, mais dont l’impact sur le monde, est presque aussi fort que celui d’Hollywood. Il s’agit des films produits par l’industrie du porno, se situant aussi en Californie. Le film va mettre en avant le fait que blockbusters (films d’Hollywood) et films pornographiques, qui dominent le monde, ont en commun une chose : l’action constante. Que ce soit des cascades, des combats, exagérés à l’extrême qui n’en finissent pas pour les blockbusters ou du sexe mécanique constant pour les films pornographiques.

 

 

De la baston

 

La plupart des scènes de Charlie et ses drôles de dames sont des scènes d’action. On peut donc considérer que l’action est constante dans ce film. Cependant, il est peut-être étrange de dire cela, car après tout, le cinéma depuis sa naissance, n’a cessé de représenter le mouvement. Hommes et femmes ont été, sont, et seront toujours en mouvement dans les films, or le mouvement est bel et bien une action, ce qui fait que l’on pourrait dire que l’action a toujours été constante au cinéma. Seulement, lorsque l’on parle d’action dans un film, on parle en général d’actions que l’on n’a pas l’habitude de voir dans la vie courante. Ce sont par exemple des cascades ou des combats. Il y en a toujours eu un peu dans les films, ce qui fait que l’action (comme nous venons de le définir) n’était pas constante. Cependant, depuis la fin du XXème siècle, à Hollywood, les scènes d’actions comme nous l’entendons n’ont cessé de se multiplier au sein du même film, ce qui fait qu’à l’aube du XXème siècle, les films hollywoodiens, comme le montre Charlie et ses drôles de dames, sont remplis de ce type de scènes. La conséquence de cela, c’est que, à l’aube du XXIème siècle, les films hollywoodiens ce ne sont plus des histoires, seulement des morceaux, identiques, qui ne comportent que de l’action. Si l’on voit le film, on sera d’accord pour dire que l’histoire, c’est du grand n’importe quoi. On sait que le film ne cherche pas à se prendre au sérieux, mais il n’en reste pas là, car ses intentions ne sont pas innocentes. Le film cherche avant tout à nous faire réfléchir sur l’état du cinéma hollywoodien, comme il l’est en l’an 2000 et comme il va l’être dans les années, voire les décennies suivantes (ainsi le film au moment où il est sorti, appelait déjà le spectateur à réfléchir sur les films hollywoodiens qui n’étaient pas encore sortis). Après tout, la plupart des films d’actions sortis depuis l’an 2000, qui sont remplis de combats, malgré leur manque d’humour et le fait qu’ils puissent se présenter comme étant assez sombres, sont-ils vraiment sérieux ? On a le droit de se poser cette question, ne serait-ce déjà que parce ces films manquent de scénarios sincères. L’exagération de Charlie et ses drôles de dames n’est qu’une manière d’accentuer les traits des autres films d’actions.  Tout le chaos apporté par le grand manque de cohérence du film, peut être assimilé à l’ambiance d’un parc d’attraction (et lorsque nous disons cela pour ce film en particulier, nous ne le rabaissons pas, car nous pensons qu’il s’agit d’une intention de l’auteur, et que tout est fait pour que l’on ait cette impression de parc d’attraction). Que doit-on alors comprendre ? Eh bien, il semble que depuis les années 80, Hollywood, étant toujours plus avide de pouvoir, tente de conquérir les masses, par les images ultra-spectaculaires (Hollywood a toujours fait dans le spectaculaire mais jamais dans l’excès, comme il commence à le faire dès la fin du XXème siècle). Ainsi, le scénario se fait petit à petit grignoter par l’action*, et l’on passe alors, à l’aube du XXIème siècle, du récit cinématographique au parc d’attraction cinématographique. Hollywood est tellement avide de pouvoir, qu’il veut rendre ses images ultra-spectaculaires encore plus spectaculaires qu’elles ne le sont déjà. En plus de bourrer les films de scènes d’action, les gestes sont accentués, exagérés, au point que certains de ces gestes soient retravaillés à l’ordinateur. La disparition du scénario a blessé le réalisme, l’exagération des gestes l’a tué**. Nos trois héroïnes, Natalie (Cameron Diaz), Dylan (Drew Barrymore) et Alexandra (Lucy Liu), qui sont toutes de super combattantes, se battent tout le temps (l’action constante est ici de la baston continue). Elles font du kung-fu. Dans chaque passage où elles en font, on ne peut s’empêcher de voir la fausseté de leurs gestes, rendus parfois burlesques par l’ordinateur (on peut se permettre de comparer le film à un cartoon). Ils sont d’autant plus inélégants par le fait qu’ils nous font penser à des gestes de personnages de jeux vidéo (lorsqu’un film emprunte au jeu vidéo, il fait le choix de la vulgarité et de l’artificialité). Ces gestes de Kung Fu nous donnent l’impression, notamment lorsqu’elles portent du cuir noir, que le film est une parodie de Matrix (1999) réalisé par les Watchowski. A l’époque où le premier Matrix est sorti, les gens étaient impressionnés par le travail sur la gestuelle des acteurs, retravaillé avec l’ordinateur. Si l’on peut reconnaître une certaine classe à ces gestes, on reconnait en même temps un emprunt aux jeux vidéo, et l’on peut voir le film de McG, comme une réponse au film des Watchowski. En parodiant les gestes de Matrix, pour en ressortir une grande inélégance esthétique, le film nous montre que, malgré l’innovation technique et la classe apparente de ces gestes, ceux-ci dissimulent une certaine vulgarité, qui touche à leur emprunt aux jeux vidéos (en gros Charlie et ses drôles de dames montre que les films d’action qui se prennent au sérieux, ne le sont pas tant que ça et que les gestes dans Matrix, ne sont pas non plus aussi classes que ça). De plus, c’est aussi une manière de dire que Matrix  a contribué à ce que le cinéma hollywoodien, à l’aube du XXIème siècle, soit dans un tel état. On remarque qu’en fait Charlie et ses drôles de dame rassemble toutes les pires caractéristiques esthétiques qui se sont accumulées dans le cinéma hollywoodien depuis les années 80 (remplissage des films de scènes d’actions, notamment de scènes de combat où l’on ne fait que se taper dessus, qui crée des scénarios sans queue ni tête, emprunt aux jeux vidéo), afin de montrer ce qu’est donc le cinéma hollywoodien à l’aube du XXIème siècle et dans les années qui vont suivre. Il n'est qu’artificiel, antiréaliste. Le titre original Charlie’s Angels (comprendre que les anges désignent les héroïnes du film) apporte beaucoup à la vision que le film essaye de transmettre. Le monde dans lequel vivent les héroïnes pourrait alors être considéré comme le monde des anges. Cela donnerait en anglais the Angel’s world ou en espagnol el mundo de Los Angeles ! Cela fait quand même penser à la capitale du cinéma se situant en Californie. Ainsi, le monde dans lequel vivent nos héroïnes, nos anges donc, représenterait symboliquement le milieu du cinéma hollywoodien, dans lequel règne l’artificialité.

 

 

Du Cul

 

En dehors des scènes d’actions du film, les autres n’en demeurent pas moins artificielles. Elles ressemblent un peu au début des films pornographiques où l’acte sexuel n’a pas encore eu lieu. Ces débuts préliminaires qui cherchent avant tout à éveiller l’excitation du consommateur. Prenons comme exemple la scène, au début du film, où les anges voient leur supérieur John (Bill Murray) qui est sur le point de leur donner une nouvelle mission. Au lieu de voir entre les quatre personnages une relation purement professionnelle, on voit une certaine chaleur, un rapprochement sensuel entre eux, qui ne serait pas admis sur un lieu de travail. Lorsqu’il s’assoit sur le canapé, entouré de ses trois employées super sexy, il touche les deux femmes assises autour de lui (Dylan et Alexandra) et les deux réciproquement, le touchent. Le professionnel est parti et la sexualité s’est installée. Le patron et ses employées semblent être sur le point d’avoir un rapport sexuel tous ensemble. On a là ce qui pourrait ressembler au début d’un film pornographique, qui serait assez classique dans sa forme. Plus loin dans le film, lorsque les anges sont en mission, Dylan afin de faire distraction, s’assoit à côté d’un chauffeur, puis se met à lécher le volant. Encore une fois, cela ressemble au début d’un film X, dans lequel l’actrice, afin d’éveiller l’excitation du spectateur, se met à lécher divers objets. Bien sûr, le film étant destiné à un jeune public, Dylan ne finit pas par coucher avec le chauffeur, tout comme elle ne finit pas par coucher avec ses collègues et son supérieur dans la scène que nous venons d’évoquer. Le film se prive donc de scènes de sexes, tout en cherchant à évoquer le plus possible le cinéma pornographique. Mais lorsqu’il évoque le cinéma x, comme lorsqu’il cherche à évoquer les blockbusters hollywoodiens du début du XXIème siècle, il ne cherche en fin de compte à évoquer qu’une chose : l’artificialité. Les personnages de films pornographiques, dans leurs actes, ne ressemblent en rien aux hommes et aux femmes de la vraie vie. La manière dont ces personnages décident de coucher ensemble, est irréaliste et folle, et leur performance sexuelle l’est aussi. Ainsi, blockbusters hollywoodiens et films pornographiques, produits tous deux en Californie (les films pornos se font dans le monde entier, mais en général, les plus populaires, sont ceux qui proviennent des studios x de Californie), sont similaires. Ils offrent tous deux l’artificialité.  Artificialité que l’on retrouve notamment dans les gestes constants (les cascades des acteurs ainsi que leurs gestes exagérés, dont certains sont retravaillés à l’ordinateur et empruntent au jeu vidéo, pour ce qui est du blockbuster. Le sexe mécanique, propre en général au cinéma pornographique.). Il n’y a donc pas des images, mais une seule image en mouvement américaine qui domine le monde : L’image artificielle.

Si le cinéma pornographique est si populaire aujourd’hui, et cela depuis l’aube du XXIème siècle, c’est notamment parce que nous pouvons désormais avoir accès à des milliers de vidéos x, en seulement quelques clics. On peut passer, très facilement, d’une catégorie à une autre. Dans le film, à cause de leurs missions, les anges ne cessent de se métamorphoser. Dans chaque scène, elles ont une nouvelle tenue, une nouvelle teinture de cheveux, une nouvelle apparence, et malgré ces changements, elles sont toujours aussi sexy (on ne comptera pas le moment où Natalie et Dylan se déguisent en hommes). Comme le montage apporte un rythme assez rapide au film (on sent toute l’influence que le vidéoclip a apportée au réalisateur), tous ces changements s’enchaînent très rapidement. S’enchaînent donc des images de femmes aux apparences différentes, toutes sexy, à une telle vitesse, que c’est presque comme si un consommateur de films pornos, sur un site x, enchaînait, en quelques clics, différentes catégories. Ainsi dans Charlie et ses drôles de dames, chacun trouve son bonheur. On peut y voir une dominatrice asiatique (Alexandra), tout comme on peut y voir, à peine quelques instants auparavant, une belle blonde voluptueuse (Dylan) portant une tenue hot, aux couleurs et motifs qui pourraient évoquer le drapeau américain. Ainsi cette blonde, saura faire plaisir aux Américains les plus patriotes, mais pas que. Le beau corps de Drew Barrymore, dans cette tenue, est la personnification du rêve américain. Tout comme elle, le rêve américain est désirable. Elle montre aussi que la grande influence qu’ont les Etats-Unis sur le monde, provient aussi en partie des images, notamment du cinéma.

A cause d’internet, les adultes peuvent regarder des vidéos pornographiques très facilement. Les enfants aussi. Le film ne manque pas de l’évoquer, toujours de manière symbolique. On voit une scène dans laquelle deux garçon jouent à un jeu vidéo *** (ce qui n’est pas anodin, et renvoie bien sûr à l’aspect jeu vidéo des scènes d’actions). Ils discutent de seins. En même temps, on voit par une vitre de la pièce dans laquelle ils jouent, Dylan qui atterrit nue dans le jardin (le méchant l’a projetée hors de chez lui). Une fois qu’elle a atterri, elle se rapproche de la vitre. Elle tape contre la vitre (elle se couvre avec une bouée. Il s’agit tout de même, rappelons-le, d’un film destiné à un jeune public), les enfants l’aperçoivent et ils ne peuvent s’empêcher de se regarder tellement ils sont étonnés, car c’est presque comme si leur conversation avait invoqué la présence de Dylan nue. Ils ont donc facilement eu accès à quelque chose qu’ils ne sont pas supposés voir, presque comme si un garçon dans la vie réelle avait eu accès à des films pornos, en tapant seulement des mots dans une barre de recherche.

 

L’Amour en fuite

 

Avec toute l’artificialité du film, on perd tout naturel. Ce manque de naturel se caractérise notamment par un manque d’émotions (que ce soient les émotions du personnage ou celles du spectateur). Toutes les émotions ont disparu au profit des scènes d’action, toutes plus absurdes les unes que les autres. La perte de l’amour est la plus grande des pertes. Encore une fois, le film nous renvoie au cinéma américain, celui qui a éclos au début du XXIème siècle. Il veut nous dire que désormais dans les films d’actions, les sentiments amoureux ne sont plus sincères. Ils sont aussi artificiels que ces scènes d’actions omniprésentes. Ainsi, même un grand amateur de blockbusters américains contemporains, comme il y en a beaucoup, trouvera que les scènes d’amour dans ces films sont assez plates. Charlie Angel’s évoque tout ce manque d’amour à travers trois exemples différents. Chaque exemple concerne une héroïne. En fait, les exemples qui concernent Natalie et Alexandra sont assez similaires. Alexandra est en couple avec un acteur interprété par Matt Leblanc. Natalie fait la connaissance de Pete (Luke Wilson) avec lequel elle commence à sortir.  Vers la fin du film, au moment où elles doivent faire face aux méchants, elles quittent toutes les deux leurs hommes. On pourrait s’attendre à ce que, après avoir combattu les méchants, elles reviennent vers leurs hommes. Pas du tout. La scène finale, à la plage, où tout se passe bien, se fait sans eux, comme s’ils n’avaient jamais compté pour elles. Cela évoquerait un impossible retour à l’amour, dans le film hollywoodien, notamment le film d’action, depuis le début du XXIème siècle, surtout à cause de l’action constante. Natalie semble presque être conscience de cette situation et elle s’en plaint. Dans les dernières scènes de combat, elle dit à son adversaire que c’est à cause de lui, qu’elle a dû interrompre son rdv avec Pete, et que c’est dur de trouver un bon gars à Los Angeles (autrement dit, symboliquement, son obligation à combattre la détourne de l’amour). L’exemple avec Dylan est encore plus fort. On a le droit à une seule scène sincère dans le film, celle où Éric (Sam Rockwell) cherche à retenir Dylan chez lui. On sent un courant amoureux qui passe entre eux. C’est la seule scène qui montre un peu d’amour (et pour cela on ne pouvait que choisir Drew Barrymore avec ses beaux traits) et qui soit touchante. Ils finissent par coucher ensemble. En revanche juste après qu’ils l’aient fait, Dylan se fait trahir par Éric, qui se révèle être le méchant du film. La trahison envers Dylan est dure pour le spectateur. Les tentatives amoureuses des anges ont échoué. L’amour dans ces blockbusters n’existe pas, il n’est qu’une surface.

 

 

Malgré tous les « défauts » du cinéma hollywoodien contemporain, qui comprend notamment des blockbusters, il y a, comme toujours, des exceptions. On saura trouver dans les années 2000-2010, de très bon films Hollywoodiens, qui sont parfois même excellents, mais ce n’est certainement pas la majorité.

 

 

*Comme pourrait symboliquement le montrer le temple maudit, partant d’un début très bien construit, tant sur le plan du scénario, que de la mise  en scène et évoluant vers une fin qui ne se résume vulgairement qu’à de l’action. D’ailleurs les chariots sur les rails peuvent évoquer un parc d’attraction.

 

**Après que les choses soient claires, le réalisme, au cinéma, ne sera jamais réellement mort, car même si les films américains, auparavant, paraissaient largement plus réalistes, ces films émergeant à l’aube du XXIème, bien que très irréalistes, parce qu’ils sont des « œuvres » cinématographiques, sont et seront toujours plus réalistes que n’importe quelle autre œuvre d’art, que ce soit un roman ou une peinture. L’aspect visuel du cinéma, qui lui est unique, fait qu’il reste et restera le plus réaliste des arts, quel que soit le genre de film ou en dépit du fait qu’il y ait des films qui paraissent totalement irréalistes par rapport à d’autres

 

*** On peut voir dans la pièce dans laquelle ils jouent un poster d’E.T. C’est une façon, pour Drew Barrymore, qui apparait dans cette scène, de rendre hommage à Spielberg qui l’a dirigée quand elle était enfant.

 

 

 

 


Article de Roméo sur l'horreur de la guerre au cinéma

 Roméo Champagnat, ancien élève de l'option cinéma, a écrit cet article sur l'horreur de la guerre dans La Grande Illusion de Renoir et Démineurs de Kathryn Bigelow.



L’horreur de la guerre

 

Cette année, j’eus la chance de découvrir deux excellents films, qui ont pour thème commun la guerre. Le premier est La Grande Illusion (1937) de jean Renoir et le second est Démineurs (2009) de Kathryn Bigelow. Malgré les nombreuses années qui les séparent, mais surtout malgré leur mises en scènes qui ne se ressemblent pas, ces deux films ont quelque chose en commun : cette manière singulière de représenter ce que peut être l’horreur de la guerre, au-delà de ce que l’on a l’habitude ou de ce que l’on s’attend à voir devant un film de guerre (Violence des combats, morts et blessures des soldats, souffrances ressenties par ces derniers ainsi que par les peuples des territoires aux alentours des champs de bataille). Il est donc intéressant de voir comment l’horreur de la guerre est perçue à travers ces films, réalisés par des cinéastes, qui, par leur singularité et leur propre génie cinématographique, surent se démarquer et se faire une place importante dans l’histoire du cinéma.

 

 

La Grande Illusion de Jean Renoir – 1937

 

L’histoire se déroule pendant la guerre de 14-18. En général, la plupart des œuvres littéraires et cinématographiques, qui ont pour ambition de montrer toute l’horreur causée par la Grande Guerre, se concentrent surtout sur la violence des champs de batailles et ses répercussions (gueules cassées). Cette violence est totalement absente du film de Renoir. En fait il n’y a même pas de scènes de batailles, et en voulant raconter l’histoire de prisonniers de guerre, l’évasion devient alors un thème aussi important, voire plus, que celui de la guerre. Malgré cela, le film ne manque pas de montrer l’horreur de la guerre. On la perçoit très rapidement et cela ne passe pas par une scène dramatique avec des blessures, mais bien au contraire, par une scène que l’on pourrait considérer presque comme étant comique. Dans ce film, il y a un passage où des prisonniers se travestissent en femmes. Une fois ces prisonniers devenus des « femmes », les autres deviennent immédiatement fous de ces derniers, presque comme le milliardaire Osgood Fielding III (Joe E. Brown) qui court après les jupons de Jerry (Jack Lemmon), musicien travesti en femme prénommée Daphné dans Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder. Ce passage est d’autant plus comique qu’il présente quelque chose d’insolite. En général au cinéma, le spectateur a tendance à s’identifier à l’un des personnages qu’il voit sur l’écran. Dans une scène de désir et de séduction, le spectateur peut s’identifier au personnage qui désire. Seulement là, l’identification du spectateur semble difficile, car il faut reconnaître que la plupart des spectateurs ont du mal à s’identifier à des hommes qui désirent des hommes travestis en femme, c’est peu commun. On a du mal à les comprendre. Il existe donc, à ce moment-là, entre les héros de la Grande Illusion (1937) et les spectateurs, un vrai fossé, tant ils sont éloignés. Ce passage comique révèle paradoxalement l’horreur de la guerre. Le fait que la plupart des spectateurs ne puissent pas s’identifier, nous fait déjà comprendre que les soldats ressentent quelque chose que nous, qui ne fîmes pas la Grande Guerre, n’avons jamais ressenti. Comment un homme en vient-il à désirer un homme déguisé en femme ? On comprend alors que ces soldats, en plus des éventuelles souffrances causées par le champ de bataille, souffrent d’être séparés de leurs femmes, qu’il n’ont pas vues depuis bien longtemps. Parmi toute les facettes de l’horreur de la guerre, Jean Renoir en a choisi une peu explorée dans les arts (ce qui le démarque de beaucoup de cinéastes et artistes ayant choisi la Grande Guerre comme sujet), qu’il montre avec une telle finesse et subtilité, que l’on ne peut que vanter sa mise en scène. Le fait d’être séparé de la femme que l’on aime, ou des femmes tout court, fait partie de l’horreur de la guerre. Lorsque le personnage principal, le lieutenant Maréchal (Jean Gabin), accompagné de son camarade le lieutenant Rosenthal (Marcel Dalio), s’échappe et se réfugie chez une belle Allemande (Dita Parlo) vivant avec sa fille, il trouve enfin le bonheur. Cette femme procure du bonheur à Maréchal et toutes les scènes avec elle en procurent au spectateur (Il s’agit tout simplement des plus belles scènes du film). Si l’on ne peut s’identifier aux soldats, lorsqu’ils trouvent leurs camarades déguisés en femmes désirables, on comprend qu’ils manquent de féminité, et à partir de là on devient plus sensible au fait qu’il n’y ait pas de femmes dans le film, jusqu’au point où l’on commence nous-mêmes à ressentir le manque de féminité. C’est pour cela que lorsque Dita Parlo apparaît enfin (il faut attendre la fin du film), nous ne sommes pas seulement émerveillés par sa beauté physique, mais aussi parce que, à cause des scènes précédentes qui constituaient un long appel désespéré à la féminité, son apparition peut se voir comme l’irruption de la Beauté elle-même dans un monde qui était triste jusqu’à présent, et nous le ressentons réellement comme tel. Avec tout ce que nous venons de dire, nous ne pouvons que considérer la Grande Illusion comme étant une ode à la féminité*. Maréchal trouve le bonheur avec cette femme, et il semble aussi heureux avec sa fille. Il agit comme un mari et un père auprès d’elles. On comprend aussi qu’en plus d’être séparé des femmes, l’horreur de la guerre, c’est aussi le fait d’être séparé de sa famille ou de manquer l’opportunité d’en fonder une. Ainsi, lorsqu’à la toute fin, il quitte cette femme, nous ne pouvons-nous empêcher d’être tristes pour lui, mais aussi pour nous-mêmes, car c’est en même temps que lui que nous la quittons. La tristesse se réinstalle alors à la toute fin du film, et elle est d’autant plus grande que nous savons que Maréchal et son camarade, marchant dans la neige, ne pourront aller plus loin, car les troupes allemandes les ont aperçus.

 

 

Démineurs de Kathryn Bigelow – 2009

 

Dans ce film traitant de la guerre d’Irak, des blessures, des violences, il y en a. C’est horrible, mais ce n’est pas là-dessus que Bigelow veut insister, pour nous montrer ce que peut être l’horreur de la guerre. Ce qu’elle peut être, Bigelow, ne se prive pas de nous le dire dès le tout début du film, avant les premières images. Le film s’ouvre sur cette citation de Chris Hedges, journaliste américain : ”The rush of battle is often a potent and lethal addiction, for war is drug” qui veut donc dire que la guerre est une drogue. L’horreur de la guerre, c’est aussi le fait que l’on puisse trouver un plaisir en elle, un plaisir dont on a bien du mal à se passer. L’idée est intéressante, mais on cherche avant tout à ce qu’elle nous soit démontrée. C’est ce que va faire la réalisatrice. Une fois l’idée exposée, elle va déployer sa mise en scène qui sera un long processus pour la démontrer, car elle le sera bien, seulement à la fin du film. La réalisatrice donne aux scènes se déroulant en Irak, c’est-à-dire à la majeure partie du film, un aspect documentaire, de façon à ce que ces images, réalistes, soient débarrassées de tout trait romanesque, de tout sentimentalisme. Cela permet aussi d’empêcher le spectateur de saisir la psychologie et les états d’âmes des personnages principaux. Devant cette manière neutre de filmer la guerre, qui fait de Démineurs l’un des films d’action les plus intéressants des années 2000, nous arrivons quand même à être choqués par ce que nous voyons, et c’est bien là l’intention de Bigelow. Sans que nous puissions connaître leurs états d’âmes, nous nous attendons quand même à ce que ces soldats trouvent leur vie insupportable et qu’ils aient envie de partir, surtout quand on voit l’un deux (Jeremy Renner qui joue le personnage principal) découvrir le cadavre d’un enfant qu’il croit connaître, auquel on a mis une bombe dans l’estomac. Pourtant, si l’on suit l’idée de base que nous donne le film, les personnages sont supposés avoir du mal à se passer de la guerre, qui leur procure du plaisir, ce qui est tout à fait horrible. Ce n’est pas quelque chose que Bigelow veut démontrer à travers les scènes se déroulant en Irak, qui permet au spectateur de voir toute la violence de la guerre. Elle cherche à démontrer cette idée de la façon la plus radicale possible, pour accentuer cette facette de l’horreur de la guerre qu’elle veut nous montrer. Ainsi ce n’est pas le plaisir de la guerre qui est montré, mais plutôt l’ennui profond de ne pas être en train de faire la guerre. A la fin du film, le sergent William James, personnage principal, rentre chez lui auprès de sa famille. Il est supposé trouver le bonheur auprès d’elle, car c’est normalement auprès de la famille, quand on a fait la guerre, qu’on le trouve, comme nous le montre La Grande Illusion. Mais le bonheur, il ne le retrouve pas, et on le voit bien à travers toutes les scènes de son quotidien aux Etats-Unis, où il est auprès de sa famille. Bigelow change de style de mise en scène, par rapport aux scènes qu’elle a tournées en Irak. Elle vire l’aspect documentaire, n’hésite pas à faire quelques trucages optiques, de façon à ce que ce ne soient plus des images réalistes qui nous présentent une situation de manière neutre, mais à ce que l’on ait cette fois-ci bien l’impression de pénétrer les états d’âmes du personnage. Et si c’est bien le cas, on peut dire qu’il s’ennuie profondément, et que cet ennui le maintien dans une certaine solitude, comme le montre un plan où l’on a l’impression qu’il est seul dans un supermarché géant. Devant les tristes plans du supermarché, de sa maison, on ne peut s’empêcher de trouver cela déprimant, et c’est là toute l’horreur de la guerre : arriver à trouver son quotidien, où l’on vit auprès de sa femme et de son enfant, déprimant au point de vouloir retourner sur le champ de bataille (on est là, à l’opposé du film de Renoir). C’est ce qu’il fait à la toute fin, où il se retrouve en Irak, pays ensoleillé où il fait très chaud (il y a donc une réelle opposition entre l’Irak et le lieu où il vit, où l’ambiance est froide), pour une nouvelle mission, et cela pour des centaines de jours (au début du film, on pouvait voir qu’il lui restait peu de jours avant la fin de sa mission. On pouvait croire que cela lui faisait plaisir, mais nous avons bien compris que c’était tout le contraire. Devant les centaines de jours qu’il a devant lui à la fin du film, on peut dire qu’il va pouvoir consommer sa drogue et « planer » pendant pas mal de temps, ce qui doit beaucoup le réjouir). Lorsqu’il ressent de l’ennui auprès de sa famille, on a aussi du mal à s’identifier à lui. Il faut comprendre alors que la guerre est tellement horrible, qu’il est difficile de s’identifier à ce que ressentent les gens qui la font ou qui l’ont faite, que ce soit dans la fiction ou dans la réalité. Que nous dit un film comme Démineurs par rapport à un film comme La Grande Illusion ? Les choses, en presque un siècle, ne se sont pas améliorées, elles ont même empiré. La guerre a tellement consumé les hommes qui l’ont faite, qu’ils ont perdu tout intérêt pour ce qui leur restait de plus sacré (la féminité, la famille), au point qu’ils soient attachés à la guerre elle-même et qu’ils aient du mal à s’en débarrasser malgré les nombreuses souffrances qu’elle inflige.

 

 

*Cela n’empêche pas au film d’avoir parfois un côté homosexuel. On pense bien sûr au fait que des hommes soient séduits par d’autres hommes, travestis en femmes, mais on pense surtout à la relation ambiguë qu’entretient le capitaine français Boëldieu (Pierre Fresnay) avec le commandant allemand Rauffenstein (Erich von Stroheim).

 


Visite du musée Méliès à la Cinémathèque

 Le mercredi 12 octobre, les élèves de Première de l'option cinéma ont visité le musée Méliès situé dans la Cinémathèque.



Musée Méliès, La Magie du cinéma - La Cinémathèque française (cinematheque.fr)

Projection du film Hallelujah ! de King Vidor à la fondation Pathé


 Hallelujah! de King Vidor, 1929 (1h40)

Les élèves de Terminale de l'option cinéma ont assisté à la projection du mardi 27 septembre, présentée par Bernard Eisenschitz.

Réalisation : King Vidor

Scénario : Wanda Tuchock et E. Richard Schayer d’après une histoire de King Vidor

Photographie : Gordon Avil

Monteur : Hugh Wynn, Anton Stevenson

Production : Métro-Goldwyn-Mayer

Avec : Daniel L. Haynes, Nina Mae McKinney, William E. Fountaine, Harry Gray, Fanny Belle DeKnight, Everett McGarrity, Victoria Spivey


Après avoir vendu la récolte de coton de sa famille, Zeke est attiré par la séduisante danseuse Chick lors d'une partie de craps où il perd tout son argent au profit de l'escroc Hot Shot, qui a truqué les dés. Zeke tente de récupérer son argent. Dans la fusillade, son jeune frère Spunk est mortellement touché. Le chagrin et le remords poussent Zeke à devenir prédicateur. Même Chick devient croyante et se fait baptiser. Mais alors qu'il pense avoir trouvé le bonheur avec elle, Hot Shot réapparaît...



Copie 35 mm. Restauré par la Library of Congress et la Film Foundation, avec le financement de la Hob-son/Lucas Family Foundation.






vendredi 30 septembre 2022

Projection des Passagers de la nuit, suivie d'une rencontre avec le réalisateur Michaël Hers

 Le mercredi 8 juin, les élèves de Première de l'option cinéma ont assisté à la projection du film Les Passagers de la nuit de Michaël Hers au cinéma L'Epée de bois, et ont ensuite rencontré son réalisateur, Michaël Hers, pour débattre du film.




Visite de l'exposition Romy Schneider à la Cinémathèque


 Le lundi 11 février 2022, les élèves de Seconde l'option cinéma ont visité l'exposition de la Cinémathèque consacrée à Romy Schneider.