jeudi 1 juillet 2021

Films d'élèves de Seconde de l'option cinéma

Voici des liens vers des courts métrages réalisés par des élèves de Seconde, Antoine, Sacha et Naël, sur le thème du personnage :

Bac Pro PMU
https://youtu.be/VEcOCR0YsQ4


La Tentation
https://youtu.be/HppoPMy2edo 



mardi 15 juin 2021

Critiques de films d'Albert Dupontel par les élèves de Terminale

 


 

Bernie ou la folie selon Dupontel

 

 

Bernie est un film d’Albert Dupontel sorti le 27 novembre 1996. Ce film nous raconte l'histoire de Bernie Noël, un homme complètement marginal vis-à-vis du monde qui l'entoure et décidant de quitter son orphelinat pour avoir des explications sur les raisons de son abandon, abandon sur lequel il n'a eu jusqu'alors aucune explication. Il remonte donc les pistes petit à petit jusqu'à finalement retrouver son père, puis sa mère, mais tout ne se passe alors pas comme prévu.

La construction du film, pour commencer, est très intéressante, car le personnage de Bernie et le spectateur sont en décalage : Bernie vit dans son monde, un monde dans lequel ses parents sont absolument parfaits, surtout son père, tandis que le spectateur découvre toutes les atrocités commises par celui ci, dont un viol que Bernie ne verra pas, continuant donc d'imaginer son père comme parfait. Le spectateur comprend alors que Bernie est très sûrement un enfant issu d'une relation non consentie par sa mère, ce qui expliquerait l'abandon de l'enfant, même si celui-ci est jeté aux ordures par le père et non la mère. Du début à la fin, le spectateur n'aura jamais la même vision que Bernie sur les événements, ce qui a tendance à créer une ambiance très malsaine par moments qui ne plaira pas à tout le monde.

Le film n'est pour autant pas dénué de comique. Il arrive même très souvent que le comportement de Bernie, complètement en décalage avec le monde, donne lieu à des situations très ridicules et qui font mouche. Il se dégage également du film une ambiance très "PUNK" qui se retrouve particulièrement dans la musique du film, un choix assez logique voire un peu attendu pour montrer le personnage le plus "borderline" possible, mais qui arrive quand même à fonctionner la plupart du temps.

Bernie est, dans sa globalité, plutôt bien réalisé, mais lorsque l'on est habitué au cinéma d’Albert Dupontel plus récent avec des films comme 9 mois ferme, Adieu les cons ou encore Au revoir là-haut, ce retour en arrière dans l’œuvre peut donner l’impression d’une sacré chute, en dépit du charme du film lié à son ambiance très années 90.

Ce film de Dupontel marque quand même un moment important de sa carrière, un moment où son cinéma était plus "méchant", entouré de personnages plus fous les uns que les autres, que ça soit Bernie et ses parents, ou même les policiers à la fin du film dont un se dit que c'est une bonne idée d'aller le voir. Les personnages se moquent de Bernie, car celui-ci a probablement quelques retards mentaux, mais le film nous montre que les autres personnages ne sont pas forcément mieux, principalement le père qui est probablement un des personnages les plus atroces que j'aie pu voir dans le cinéma français. Bernie est donc un film très "borderline" typique de son époque, comme pouvait l'être C'est arrivé près de chez vous en 1992.

 

Milo Guilleux-Gaudin


*****


 

Bernie : quand le malsain devient comique

 

Bernie, sorti en 1996, est un film d'Albert Dupontel où il joue lui-même le personnage principal, en quête d'identité. La thématique de la recherche identitaire existe également dans d'autres de ses films (comme Au revoir là-haut ou Adieu les cons). Cependant, celui-ci adopte un humour assez particulier, avec des personnages dérangés et une atmosphère malsaine. Comment ce mélange, aussi improbable soit-il, fonctionne-t-il plutôt bien ?

Tout d'abord, il est intéressant de souligner la nature innocente qui se dégage du film, notamment de par son générique, avec sa calligraphie enfantine et ses chants pour enfants, qui représentent bien le personnage principal, Bernie. A pourtant plus de trente ans, Bernie est encore un enfant. Son but principal est de retrouver ses parents, qu'il va idéaliser tout le long du film, en quête d'affection. On remarque cependant que Bernie est un rejeté de la société, il essaie pourtant tant bien que mal de s'y adapter (appartement, famille, petite amie...) et n'y arrive à chaque fois qu'avec l'aide de l'argent. Le film montre en partie la perversion de la société avec la drogue, les médias, l'argent, la prostitution... et met en place un contraste flagrant avec l'innocence de Bernie. Il ne se rend pas compte de la médiocrité du monde qui l'entoure, il n'a aucune notion du bien et du mal et, tout comme un enfant, il ne sait pas contrôler sa force, ce qui fait de lui un personnage extrêmement violent. D'ailleurs la violence est omniprésente dans le film, à tel point qu’elle n'est plus dérangeante pour le spectateur, et devient même parfois drôle. Les acteurs jouant très bien leur rôle, les personnages rendent le film très malaisant par leur folie et leur imprévisibilité. La figure parentale n'est d'ailleurs pas du tout placée sur un piédestal, et nous sommes presque déçus d'apprendre que les parents de Bernie sont des ordures, ayant abandonné leur fils dans une poubelle. Ils ne font que simuler leur amour pour Bernie pendant l'entièreté du film, sa mère ne se souvenant même plus de son prénom au début.

Cette déception face à la figure parentale, qui est pourtant censée être une source d'amour et de réconfort fiable, rend le monde encore plus triste et "pourri". D'ailleurs, nous pouvons remarquer que les lumières et couleurs du film sont en général assez fades, et que des filtres verdâtres et jaunâtres y sont parfois ajoutés, ce qui accentue le côté "sale" et maussade du film, de son monde et de ses personnages. On en vient alors à avoir de la peine pour Bernie, mais l'absurdité des personnages, de leur violence, dialogues et décisions nous amène à un entre-deux entre le malsain et le drôle, voire à un mélange des deux. Cependant, le personnage de Marion, joué par Claude Perron, est un personnage très intéressant, puisque Marion est elle aussi marginalisée. Comme les seules émotions qu’elle exprime au cours du film sont la colère et le dégoût, on comprend facilement son addiction à la drogue qui constitue un moyen pour elle d'échapper à la réalité, en attendant une sorte de miracle. Elle représente une lueur d'espoir dans le film, car elle est le seul personnage témoignant de l'affection à Bernie à la fin du film. Elle incarne une tendresse absente jusqu’alors. On peut aussi citer une de ses répliques : "j'en ai ras-le-bol du moche, du médiocre, du sordide". Marion est une porte de sortie de ce monde triste et violent, pour Bernie et pour le spectateur. Elle est la seule qui ne l'accepte pas.

Enfin, même si, pour moi, la dimension malsaine l'a emporté sur le comique, j'ai trouvé le scénario très intéressant et intelligent, avec des personnages qui sortent de l'ordinaire. N'ayant vu que deux de ses films, je ne m'attendais pas à ce côté très décalé et cru, de la part de Dupontel, ce qui m'a surprise. Je ne reverrai cependant pas le film car je trouve l'ambiance un peu trop pesante pour moi, et je comprends donc que les réactions du public aient pu être aussi mitigées à sa sortie.


 Sarra Bedhiafi





ENFERMES DEHORS, un film réalisé par Albert Dupontel en 2006

INTÉRESSANT SUR PLUSIEURS POINTS

 

Le film nous raconte l'histoire d'un SDF nommé Roland (joué par Albert Dupontel) qui se trouve être un peu zinzin et drogué. Une nuit, il assiste au suicide d'un policier et récupère ses affaires pour aller les donner à la police, mais il se fait recaler au commissariat et en sortant, il remarque la cantine. Il s'empresse donc d'aller enfiler son uniforme de policier et de se raser la tête, et arrive ainsi à rentrer et à manger à sa faim. C’est alors qu’il entend l'histoire d'une mère, Marie (jouée par Claude Perron), qui veut récupérer son enfant que ses beaux-parents gardent contre son gré. Touché par l'histoire ainsi que par la beauté de cette femme, Roland décide de l'aider. De plus, parce qu’il sent que cette tenue de policier lui donne un certain pouvoir vis-à-vis des autres individus, il décide de la garder et de donner, d'une certaine façon, « un coup de main » à la police comme il le dit. Dès lors, son objectif est de retrouver un certain Duval qu’il va confondre avec un homme d'affaires (joué par Nicolas Marié) et ce quiproquo initial va amener plusieurs péripéties au cours du film.

  Tout d'abord, j'ai apprécié le film et ce, pour plusieurs raisons. La première tient à l'histoire principale qui est le fil conducteur du film : il s’agit de retrouver Coquelicot, la fille de Marie détenue par ses beaux-parents, qui voient en elle une femme excentrique qui a joué dans des films « très naturistes ». Mais dans cette opposition entre elle et ses beaux-parents, c’est bien Marie qui passe pour la personne la plus saine, même si elle travaille dans un sex-shop, car elle souhaite juste passer du temps avec sa fille, alors que sa grand-mère est prête à tout pour la garder, y compris la mettre en danger en l’emmenant sur un toit.

De plus, j'apprécie la critique sociale qui est vraiment évidente dans cette œuvre qui mêle des SDF, des policiers et de hauts fonctionnaires, car même si cela n'est pas le cœur du film, c'est important. Ainsi, certains SDF disent à Roland qu'ils ne font plus partie de cette société, ou que le maire ne veut pas qu'ils aillent en ville, ou même, d'une façon plus comique encore, tous les SDF se retrouvent dans la chambre du grand directeur et celui-ci est à deux doigts de faire une crise cardiaque. De plus on retrouve, comme dans Adieu les cons et d’autres films d’Albert Dupontel, une critique de la police, comme lors de l’arrivée au commissariat de Roland pour la première fois, lorsqu’il se fait mettre dehors.

J’apprécie également le développement des personnages, tout particulièrement celui de monsieur Duval, le grand PDG, car en l'espace d’une journée, son caractère a complètement changé : tout d'abord montré comme quelqu'un avec de l'assurance qui a réussi sa vie, puis paniqué lorsqu’il se retrouve confronté au grand directeur. Après son enlèvement, cette sorte de traumatisme qu'il a subi et cette confrontation avec les sans-abris, puis la trahison de son frère, le changent complètement : désormais, il souhaite juste faire le bien autour de lui et ne plus avoir de responsabilités. De même, le personnage de Roland, présenté dès le tout début comme un personnage sans réel objectif, dont on ignore tout, connaît un développement intéressant : en enfilant ce costume de policier, il trouve un sens dans sa vie, rencontre aussi l'amour et réussit, alors que jusqu’alors il n’avait fait qu’échouer, et c'est cette lueur d'espoir qui donne une nouvelle direction à sa vie.

Ensuite, j'aimerais bien parler de la musique que je trouve intéressante dans ce film, car elle permet de décupler les sentiments provoqués à l'image : par exemple, quand un des personnages prend de la drogue, la musique accélère jusqu’à ce qu'il vomisse ; de même, quand Roland trouve un objectif, là encore la musique accélère. Mais pour moi, le moment où la musique est parfaitement utilisée, c'est celui où Roland va à la cantine, car le type de musique choisi fait très musique fantastique, telle qu’on pourrait la trouver dans Alice au pays des Merveilles : en effet, pour Roland, avoir accès à toute cette nourriture est quelque chose de fantastique.

Enfin, l'une des choses les plus importantes du film, c'est la comédie, parce que c'est avant tout une comédie et je trouve ce film plus drôle qu’Adieu les cons qu'on a vu récemment en classe. Ce serait même une meilleure version qu’Adieu les cons, car le comique de situation, très burlesque, est drôle, ainsi que le comique verbal, par exemple quand Roland parle à un SDF qui se prénomme Youssouf, l’acteur Bouli Lanners joue très bien la scène et les réactions de Roland sont d’autant plus drôles.

  Pour conclure, Enfermés Dehors est un bon divertissement avec des messages forts et une histoire touchante qui sont les bienvenus.

  Paul Esquerré

 


*****


Roland gentil flic


 Dupontel hardeur

Dès le tout début du film, Dupontel nous présente l’environnement qui l’intéresse, celui de ses héros. Ainsi on rencontre Roland, SDF (interprété par Dupontel lui-même). Il vit dans l’environnement le plus pauvre, le plus sale, le plus bas matériellement (tout objet qui l’entoure semble cassé). On peut dire qu’il vit dans une poubelle. L’image est empreinte d’une faible couleur vert-jaune. A partir de l’évocation de la couleur de l’image, on comprend immédiatement que Dupontel rejette tout réalisme. Cependant, cela ne l’empêche pas de représenter à sa manière toute la misère dans laquelle vivent ses personnages, bien au contraire. Les lettres du premier générique brillent comme si elles étaient des ampoules, seulement elles ont du mal à briller, et elles ne font que s’éteindre et se rallumer. En fait, ce sont des ampoules en fin de vie qui marchent très mal. L’environnement bassement matériel des « pauvres » où tout est cassé est évoqué rien qu’à travers les lettres du premier générique, au début du film. De plus, ce film s’ouvre d’emblée avec de la musique. Sans que nous soyons des spécialistes de musique, nous reconnaissons un thème plutôt rock, où nous entendons surtout la batterie qui donne un ton brutal à la musique. Avec ce thème « rock », que l’on va retrouver plusieurs fois tout au long du film, on sent que le réalisateur cherche à rendre l’ambiance hardcore. Ah, voici le mot qu’il nous fallait. Roland vit dans une telle pauvreté, qu’il semble tout à fait cohérent de la part de Dupontel de vouloir rendre son esthétique hardcore, pour illustrer toute la dureté de son milieu de vie. Je dis bien esthétique hardcore, car cela ne se résume pas à l’utilisation de la musique rock. On a parlé d’une couleur vert-jaune, fortement présente dans l’image. Il s’agit là d’une couleur plutôt crade, dégueulasse, qui, je crois, aura volontairement pour but de nous faire associer cette couleur à ce qu’il peut y avoir d’immonde. Je parle des déchets, des ordures, de l’urine. La couleur nous fait donc dire qu’ils vivent dans la pisse, et rien que cela nous montre déjà leurs conditions de vie comme étant dures, voire hardcore. Si c’est surtout ce vert-jaune qui domine dans ce début de film, on voit que Roland porte une cagoule rouge (c’est un rouge assez vif), qui crée un contraste avec la couleur dominante. Ce rouge va prendre plus d’importance dans la suite du film. Qu’est-ce que cette couleur est supposée représenter sur la condition de vie des « pauvres » ? Franchement, quand on voit le nombre de fois où le personnage principal saigne et le nombre de fois où il mord, je crois que l’on peut rattacher ce rouge à du sang. Cela ne fait que mettre plus en avant encore la dureté du milieu de vie de Roland et ses camarades. Quand il y a un contraste entre ces deux couleurs, on peut donc voir qu’en fait les « pauvres » ne vivent pas que dans la pisse. Ils vivent dans la pisse (la saleté) et dans le sang. Comment vivre dans des conditions plus dures ? Il y a quelque chose d’assez malin dans cette réalisation qui est que, sans avoir recours à des images explicites, Dupontel arrive tout de même à nous donner cette impression d’hardcore. En matière de couleurs, lorsque nous voyons les beaux-parents de Marie chez eux, avec leur petite fille, nous retrouvons toujours un contraste entre du jaune et du rouge. Le jaune est cependant plus doux, tend moins vers le vert, car, bien qu’appartenant à un milieu plutôt modeste, ils sont évidemment dans une situation beaucoup plus confortable que celle de Roland. On aurait donc recours à la couleur pour exprimer un degré de pauvreté : un jaune-vert dégueulasse pour les sans-abris et un jaune un peu plus doux pour les familles modestes, ces deux couleurs entrant en contraste avec du rouge. Cela nous rappelle esthétiquement le Seul contre tous (1999) de Gaspar Noé, où le physique du grand-père (Roland Bertin) évoque justement celui du boucher (Philippe Nahon) dans le film que nous venons de citer. L’influence de Noé dans l’esthétique de Dupontel ne fait que mettre plus en évidence la volonté du réalisateur de créer une image hardcore. Cette influence ne nous étonne guerre quand on sait que Dupontel a joué pour Noé dans Irréversible (2002) et quand on sait que le directeur de la photographie d’Enfermés dehors est Benoît Debie (il n’a certes pas collaboré à Seul contre tous, mais la photographie qu’il utilise dans les autres films de Noé s’en rapproche beaucoup). Pour donner cette impression d’hardcore, Dupontel ne va pas seulement jouer sur l’image, mais aussi, en bon comédien, en plus de bien travailler son jeu, va travailler son physique. Vers la fin du film, son amoureuse Marie (interprétée par Claude Perron), ex-actrice porno, lui dit qu’elle ne l’embrasse pas parce que ça lui rappelle son ancien métier. Avec son crâne rasé et sa dentition pourrie, effrayante, qui comprend des dents pointues, Dupontel adopte le physique d’un hardeur. Il ressemble à un acteur porno qui a pu jouer dans les productions X françaises les plus hardcore des années 2000. Si son personnage a un physique pornographique, il est alors naturel que ce dernier tombe amoureux d’une ex-actrice porno. Je dirais qu’il y a dans ce film toute une réflexion intéressante autour du cinéma X. Il ne s’agit absolument pas de nous dire si c’est bien ou pas, mais de nous faire prendre conscience qu’en fait les professionnels (ou même les amateurs) du X, un peu comme les sans-abris, sont marginalisés par la société et les institutions. Cette marginalisation est très bien montrée dans le film, puisque sont dans le même camp les sans-abris et une femme représentative du milieu X (car n’étant plus une hardeuse, elle reste en contact avec ce milieu en travaillant dans un sex-shop où elle vend les films pornos les plus hards) qui ont en commun une certaine haine à l’égard des institutions. Par son côté marginal, Dupontel afficherait donc une certaine sympathie à l’égard du porno (comme son copain Noé), ou plutôt à l’égard des gens qui en font. Cette sympathie montrée dans ce film serait mêlée à une certaine douceur qui touche de près à l’amour. C’est son amoureuse de l’époque qu’il transforme en ex-actrice X et en amoureuse fictionnelle. De plus, privilégiant un espace géographiquement limité pour son film, où l’on voit peu de personnages féminins, il impose Marie comme « la plus belle fille du quartier ». Dupontel se place donc du côté des marginaux, y compris des marginaux de l'industrie cinématographique que sont les personnes qui travaillent dans le secteur du film X.

 

 Dupontel conteur

Le film comporte aussi une dimension burlesque qui nous est montrée dès le tout début du film que nous avons déjà évoqué. Roland, en plus d’avoir le visage d’un hardeur, possède aussi celui d’un bouffon. Il saute sur un matelas, se projette de manière exagérée contre un mur et ne meurt même pas. D’autres gestes, d’autres cascades, toutes aussi périlleux et exagérés (on pense surtout à la scène où Roland tente de suivre le vilain Duval-Riché) vont suivre tout au long du film. Roland va se blesser dans certaines cascades, mais il reste indestructible. Son corps a une certaine élasticité. En fait, il est un personnage de cartoon. Comme si Dupontel voulait accentuer cette dimension burlesque (quand il travaille un aspect, il essaye d’en faire le plus possible, comme nous l’avons vu avec l’aspect hardcore), il a recours à des accélérés. Les choses que nous voyons en accéléré sur certains plans (comme les voitures qui roulent) peuvent, dans un sens, se compléter avec les gestes exagérés que nous retrouvons dans ce film. On a fait un rapprochement avec le cartoon, mais il semble que Dupontel se soit plus inspiré des maîtres (Chaplin et Keaton) pour sa dimension burlesque. Malgré ses énormes cascades périlleuses qui nous rappellent l’acrobate Keaton, son personnage et son univers semblent plus se rapprocher de celui de Charlot. Roland est le héros maladroit de la (très grande) pauvreté comme a pu l’être Charlot, il n’en est qu’une version moins douce, plus rock et plus hard. En bon artiste, on voit que Dupontel s’est à la fois inspiré d’un maître qui appartient cette fois-ci aux temps anciens (Chaplin) et d’un grand cinéaste contemporain (Noé). Toute cette dimension burlesque ne fait que rendre la situation plus absurde (c’est là le but principal de Dupontel). Absurde, au point que l’on se demande s’il ne vaut mieux pas en rigoler. Quand Roland saute sur un matelas au début du film, on le voit bien en train de rigoler (rire de bouffon), alors que sa situation est déplorable. C’est le policier (sur le corps duquel Roland va récupérer son uniforme) qui, juste avant de se suicider, lâche son plus grand sourire. Il y a aussi certaines répliques, qui en plus de souligner l’absurdité de la situation en elles-mêmes, nous font rire aussi (tout le monde rigole, des personnages fictionnels aux spectateurs). Je pense à la réplique qui m’a fait le plus rire. Lorsque Roland arrive dans la cantine des policiers et qu’il voit qu’il a le choix entre de l’eau et de la bière, il choisit la bière, seulement parce qu’il dit avoir bu de l’eau l’année précédente. Je trouve cela à la fois triste et extrêmement drôle. L’absurdité de ce film est renforcée par un aspect ridicule qui plane tout au long du film. Mais on sent surtout le ridicule lorsque Dupontel donne un aspect de conte à son film (après tout, il est bien écrit dans le film : « il était une fois quelque part »). Ainsi, Cendrillon passe de servante à princesse éblouissante avec sa robe bleue, tandis que prince Roland, enfilant son joli petit uniforme bleu de flic, passe de sans-abri à policier. La classe. Il va pouvoir rentrer dans le château qu’est le QG de la police. Il va y voir le plus grand festin qu’il ait jamais vu (la nourriture que l’on retrouve habituellement dans les cantines). Les aliments qu’il perçoit avec ses yeux affamés dévoreurs, sont ici filmés comme les plus beaux aliments que l’on ait vus. De plus, c’est aussi à ce moment-là que l’on entend une musique, ridiculement enfantine, que l’on pourrait retrouver dans n’importe quelle adaptation audiovisuelle (ou simplement audio) de conte pour enfants. Tout cela nous semble bien ridicule. Il y a un autre passage très ridicule qui n’est pas cette fois-ci tellement rattaché au conte. Il s’agit du moment où il aperçoit en vrai, pour la première fois, Marie, et où il en tombe amoureux. Pour montrer le fait qu’il tombe amoureux, Dupontel a recours à des travellings. Il y a un premier travelling arrière sur un plan où l’on voit le visage de Roland (l’air réjoui) qui regarde Marie. Ce travelling arrière nous montre que son regard se porte sur Marie, et il manifeste déjà un premier intérêt. Cet intérêt se poursuit sur le plan suivant où l’on voit Marie (du point de vue de Roland), et où il y a un travelling avant sur elle. Travelling avant qui n’est que la continuité logique du travelling arrière du plan précédent, qui montre que, sans interruption, le regard de Roland continue à se porter intensément sur Marie. De plus, le travelling avant donne une certaine intensité, comme pour montrer que le sentiment amoureux progresse et devient plus fort chez Roland. On arrive au plan suivant, et l’on retrouve le visage de Roland, encore plus heureux. Il n’y a plus de travelling arrière, mais un travelling avant qui montre à quel point regarder Marie lui fait de l’effet, comme si ça lui montait à la tête, d’où la nécessité de rapprocher la caméra de son visage. Puis on revient au plan sur Marie, toujours en travelling avant. La caméra continue à se rapprocher au point qu’il y a seulement le visage de Marie dans le cadre (où elle est de profil car elle ne regarde pas Roland). Le fait que la caméra se soit rapprochée au point de seulement cadrer le visage de Marie illustre un point final dans l’amour que porte Roland à Marie. Il en est tombé amoureux, en l’espace de quelques secondes, au point d’atteindre sa propre limite. Il doit à présent l’aimer passionnément. Malheureusement pour lui, cet amour n’est pas réciproque, car comme nous l’avons dit, Marie ne le regarde pas. Ces travellings sont un peu grossiers (c’est bien évidemment volontaire) et ce passage est, de plus, accompagné par une musique d’amour tout aussi grossière, qui sonne comme ridicule. Roland tombe amoureux d’une manière ridicule, comparable à la manière dont Lloyd Christmas alias Jim Carrey, tombe amoureux de Mary Swanson dans Dumb and Dumber (1994) de Peter Farelly. En bon comique, Dupontel se moque gentiment de son personnage et le rend plus sympathique à nos yeux. Toute cette absurdité et ce ridicule présents dans le film nous éloignent de tout réalisme, mais en fin de compte, Dupontel nous dit que si la vie n’est pas exactement comme dans ce film, la situation que nous connaissons aujourd’hui dans notre monde (déplorable) est tout de même assez absurde.

 Une fois que Roland a enfilé son uniforme de policier, il va tenter d’exploiter son nouveau pouvoir. Il va l’exploiter au point d’arriver au summum d’autorité qu’apparemment un flic a le droit d’avoir (Il a la capacité de dire à qui il veut de s’arrêter, même au pilote d’avion qui conduit dans le ciel au-dessus de lui. Il y a là-dedans une forme d’hyperbole, d’exagération qui peut aussi s’apparenter à la dimension burlesque du film). Mais il va aussi l’exploiter dans le but de faire ce qu’un flic doit normalement faire : aider les gens et faire le bien (et il a bien l’air d’être le seul à le faire). Gentil de nature, il va profiter de son pouvoir pour ramener un peu de nourriture à ses amis SDF et il va essayer de récupérer le bébé de Marie, qui a été enlevé par ses beaux-parents. Sauf que, maladroit comme il l’est, il va confondre son beau-père, monsieur Duval, horloger, avec Armand Duval-Riché (Nicolas Marié), riche homme d’affaires. Mais ce n’est pas grave, car en poursuivant ce Duval-Riché (tiens c’est drôle, entre son second nom et le mot riche, il n’y a que l’accent aigu qui fasse la différence. Est-ce vraiment un hasard ?), il s’attaque à un corrompu, un vrai criminel. Roland devient le seul flic qui ose s’attaquer à ce puissant homme, et ça on le sait bien, surtout quand on voit, au début, l’un des chefs de la police (Serge Riaboukine) qui se plaint que Riché soit élu manager de l’année et que ses collègues, en plaisantant, ne trouvent rien de mieux que de dire « Appelle les flics ! ». Cela montre que ces policiers, bien que ne n’ayant pas assez de pouvoir pour l’arrêter, ne semblent pas pour autant en avoir grand-chose à faire, et que faire le bien ne figure plus (ou pas) parmi leurs ambitions. Riché est tellement vilain et tellement voleur, que même lorsqu’il a l’occasion de s’enfuir de la « prison » constituée par Roland, il va en profiter pour voler un sac de nourriture (et il met toute sa volonté à le faire) à une des sans-abris (Yolande Moreau) qui le surveillait, probablement parce que le pauvre chéri, affamé, avait passé au maximum une journée entière, pour la première fois, sans manger. Cependant vient la rédemption, car apprenant que le président Bartel (grand méchant principal) compte le renvoyer et le remplacer par son frère, il va soudain se rendre compte de l’injustice du monde dans lequel il vit et il va décider de lutter contre. Pour cela, profitant de la faiblesse de Bartel, il lui fait du chantage en exigeant que ce dernier lui donne le contrôle du restaurant Frech’O, ce qu’il obtient. A partir de là, il va profiter de la nourriture de ce restaurant pour nourrir les sans-abris. En ce qui concerne le personnage de Bartel, dont la vie semble seulement se rattacher aux chiffres de la bourse, on voit que Dupontel va tellement au-delà du réalisme (mais toujours dans le but de dénoncer notre réalité), qu’il va jusqu’à mettre dans le même plan deux choses qui n’ont strictement aucun rapport entre elles. Depuis quand est-ce qu’il y a dans une chambre hôpital (car Bartel est hospitalisé) un écran qui met en direct les chiffres de la bourse, écran qui se voit comme un vrai scope d’hôpital ? Ensuite, le fait que Bartel n’arrive plus à parler normalement l’éloigne encore plus de toute humanité. Ce grand patron est à l’opposé du monde, où la plupart des gens meurent de faim.

  Pour en revenir à Seul contre tous, dont l’histoire se passe dans la France de 1980 (Noé montre qu’à l’époque c’était le début de la misère), on voit dans le film de Dupontel (qui, avec le passage dans l’appartement des grands-parents, s’en rapproche esthétiquement selon moi), qui peut se voir comme un prolongement, que les choses ont empiré, quand on voit à quel point ses héros vivent dans des conditions lamentables et à quel point ils sont méprisés par les institutions. Cela se voit dès le début du film, quand Roland entre dans le QG de police et qu’un de ceux qui y travaillent, désirant le faire partir, se munit de ce qui ressemble à de l’insecticide, comme si Roland n’était qu’une simple vermine qu’il fallait détruire. Et quand on voit le dernier film de Dupontel, Adieu les cons (2020), on se rend compte que les choses n’ont pas évolué depuis 2006 (année de sortie d’Enfermés dehors) et que les institutions sont toujours aussi méprisables. La scène où Marie discute de sa situation avec un agent de police n’est pas très éloignée de celle où Suze (Virginie Efira) discute de sa situation avec un homme travaillant dans une administration. La première cherche à récupérer son enfant qui a été enlevé et la seconde veut retrouver l’enfant qu’elle a dû abandonner de force à sa naissance et sur lequel elle ne sait rien. Elles subissent toutes deux un traitement ingrat de la part de ces deux idiots, représentants d’institutions antipathiques, qui ne cherchent pas vraiment à les aider. Quand Marie parle à l’agent de police, Dupontel utilise un champ-contrechamp où on ne voit jamais les deux personnages sur le même plan, de façon à montrer qu’ils ont beau être face à face, il y a une énorme distance entre eux, distance entre les institutions et les gens normaux. On pourrait encore une fois comparer ce procédé avec une autre scène d’Adieu les cons. Je parle de celle où le médecin (représentant des institutions) n’ose pas trop dire à Suze, face à lui, qu’elle n’en a plus pour longtemps. Tout cela est encore montré aussi à travers un champ-contrechamp où les personnages ne sont jamais sur le même plan, de façon à illustrer une trop grande distance entre eux. Cela va s’opposer à un autre champ-contrechamp que l’on retrouve au moment où Suze discute pour la première fois avec JB (Albert Dupontel). Les personnages sont cette fois-ci tous les deux sur le même plan, et cela montrerait un certain rapprochement entre les deux qui ne s’étaient jamais vus auparavant, mais qui ont commun une certaine colère à l’égard des institutions. D’ailleurs, ce côté froid et distant des institutions est montré aussi esthétiquement dans Enfermés dehors. La couleur dominante dans la cantine des policiers est le bleu. C’est un bleu assez froid qui s’apparente au caractère froid et distant de la police. Les pauvres ont donc leurs propres couleurs (vert/jaune urine et rouge sang), ainsi que la police (bleu froid).

Comme nous l’avons dit précédemment, Dupontel privilégie pour son film un espace géographiquement assez réduit. Dans cet espace assez réduit, les seuls bâtiments que nous voyons ne sont que des bâtiments modernes. Les sans-abris, qui ne peuvent certainement pas se loger dans ces bâtiments modernes, n’ont pas d’autre lieu où ils pourraient potentiellement se loger, même si leur situation s’améliorait ne serait-ce qu’un peu. Ils sont condamnés à vivre dans la rue. Autrement dit, ils sont condamnés à rester « enfermés dehors ». Le film est drôle, mais on retrouve tout de même un aspect dramatique, que l’on perçoit notamment à travers ce paysage moderne. Dupontel reprend aussi la critique de cette modernité dans son Adieu les cons.

Le film se termine sur un “FAIM”. C’est une manière amusante de nous dire que, même si la situation s’améliore un peu à la fin de son film, il serait ridicule de mettre « FIN », comme si le film se terminait sur une fin heureuse, et qu’à présent tout allait bien. Les personnages vivent toujours dans la misère, et il leur reste à faire pour sortir de la pauvreté. C’est aussi une manière de nous maintenir, nous, spectateurs, dans la réalité. Le réalisateur ne veut pas nous proposer un spectacle qui va seulement nous absorber pendant 1h30, et que l’on va « laisser de côté » une fois le mot « FIN » arrivé, pour retourner à nos occupations comme s’il ne s’était agi que d’un simple divertissement qui ne parle pas du monde qui nous entoure. Il veut nous dire que, à l’image de la situation de Roland qui reste misérable à la fin, il y a bien une misère qui nous entoure, qui n’est certainement pas finie, et que nous pouvons toujours essayer d’y remédier, malgré le fait que les choses se présentent très mal. En gros, il n’y a pas de « FIN », mais elle pourrait exister.

 Roméo Champagnat

 

 


Le Vilain - Un film qui ne tient pas toutes ses promesses

par Mona Tchepiega, Mai 2021

 

  Dans la continuité d’Enfermés Dehors, le quatrième film d’Albert Dupontel, le Vilain, est sorti en 2009. C’est une comédie parodique et attachante qui raconte l’histoire d’un braqueur de banque qui va trouver refuge chez sa mère, jouée par Catherine Frot. Celle-ci se considère maudite pour avoir mis au monde ce vilain garçon, et a hâte de trouver le salut et de monter au ciel. Maniette va alors tout mettre en œuvre pour forcer son fils à réparer ses erreurs passées.

La mère poule est d’abord ravie par le retour de son fils, mais en découvrant sa vraie nature, elle initie un véritable duel entre eux, ce qui donne aux acteurs l’occasion de se lancer pleinement dans des performances débordantes. Cependant, cet affrontement a des ressorts très prévisibles, à force de coups bas et de pièges tendus dans la maison. On arrive aussi à avoir des moments de solitude en compagnie des deux personnages qui occupent tout l’espace au point où on se désintéresse de leur relation.

On comprend d’ailleurs ce qui motive la mère, mais on ignore pourquoi le fils surenchérit dans ce duel.

 

Des répétitions embêtantes

 

Après un super pitch de départ que Catherine Frot lance avec toute sa force de persuasion, l’intrigue devient assez répétitive. Malgré certaines scènes très bien travaillées, le début calme et logique du film est rapidement brouillé par des longueurs (notamment la séquence du thé qui, si elle est, de fait, assez courte, n’en est pas moins déstabilisante). Le scénario est décousu et la scène finale laisse une sensation de fouillis parodique. Pour ce qui est de l’épilogue, on nage un peu en pleine mièvrerie même s’il s’agit clairement d’une parodie des comédies débordantes de bons sentiments.

De plus, on assiste à des effets comiques un peu pesants et des running-gags qui deviennent longs. Ainsi, les arrivées successives de personnages secondaires cassent le rythme au détriment de l’intrigue.

 

Des personnages centraux... au centre

 

Du côté des personnages, Catherine Frot est très bien mise en avant dans le rôle d’une femme tendre et perverse à la Tatie Danielle, tandis que le personnage du fils, joué par Dupontel, malgré ses mimiques désinvoltes, ne semble pas si vilain en soi. Sydney est bête et méchant oui, mais pas un criminel diabolique pour autant. Dès que l’intrigue s’installe, on a de plus en plus de mal à croire qu’il ne s’est pas assagi avec les années. Et malgré ses défauts il n’est pas indifférent à la bonne volonté de sa mère. Les personnages secondaires de l’inspecteur ou de l’Espagnole, eux, sont laissés de côté, ou plutôt ils implosent dans scènes hilarantes d’absurdité, car amenées de manière très précipitée. En effet, la galerie de seconds rôles est variée, mais tous ne sont pas assez nourris.

 

Une ambiance et des dialogues en accord

 

En se plaçant à mi-chemin entre l’univers particulier d’Enfermés Dehors, avec un humour bête et méchant, et les séquences malsaines de Bernie, le film installe une ambiance non seulement cartoonesque par les gags, mais aussi candide qui correspond au contexte de petit quartier de lotissement. En effet, Dupontel, qui s’attache souvent à des personnages en marge de la société, met en scène ici des petits vieux au rythme de vie lent. Ce mode de vie et cette atmosphère féerique sont cependant chamboulés par l’arrivée du vilain fils Sydney. L’ambiance tourne à un ton plus acide et des coups de feu se mettent même à résonner dans le voisinage.

Dès le lancement de l’intrigue, les dialogues sont excellents, de même que les scènes de comique de situation. On assiste à des gags très Tex Avery avec la tortue Pénélope, véritable alliée de la mère. Mais les éléments comiques se répètent un peu, bien que les personnages ne manquent pas de ressources, car le film a un aspect de théâtre de boulevard, avec des entrées et sorties de personnages comme au théâtre. Par ailleurs, les tortues sautent à tout va, les horloges tombent et il pleut des chats.

 

Un décor étouffant et étroit

 

Toutefois, l’immobilisme causé par le quasi huis clos dans la maison devient rapidement étouffant. Les personnages secondaires défilent mais ont du mal à s’affirmer, à l’exception peut-être du médecin interprété par Nicolas Marié. Tout au long du film l’accent a donc été mis sur l’aspect barré des personnages au lieu de faire avancer l’intrigue.

 

La nostalgie d’un conte

 

Du reste, il y a une nostalgie attachante dans les décors et les détails (par exemple la planque dans la chambre d’enfant). La colorimétrie, les angles obliques et les plans qui adoptent le point de vue de Pénélope la tortue évoquent Jeunet. Le grand angle sert au comique de situation en déformant le visage des comédiens, tout comme le slapstick (dans la course-poursuite entre le Vilain et ses ex-complices notamment). La musique accompagne le spectateur avec justesse tout au long du film, ajoutant un peu de suspens lorsque les quiproquos ou les comiques de situations se mettent en place.


  Il est vrai qu’une comédie est faite pour être partagée. J’aurais été mieux à même d’apprécier les gags si j’avais été entourée d’autres spectateurs avec qui rire. En effet, j’ai peu ri et je me suis posée bien trop de questions. Alors vivement la réouverture prochaine des cinémas !

 

 



9 mois ferme, Albert Dupontel (2013),
Une comédie aussi émouvante qu'amusante


    Tout débute par une soirée. LA soirée durant laquelle la vie d'Ariane Felder (Sandrine Kiberlain) est bouleversée. La jeune juge, inflexible et fidèle partisane du célibat, boit au réveillon du Barreau, poussée par ses collègues. Elle oublie vite cette soirée de laisser-aller qui ne reste pour elle qu'un trou noir. Cependant, 6 mois plus tard, alors qu'elle est sur le point d'être promue, elle fait une découverte terrible : elle est enceinte. Comme si cela ne suffisait pas, elle apprend que le père est un cambrioleur, Bob Nolan (Albert Dupontel), accusé d'avoir agressé un vieil homme, découpé sauvagement ses membres et mangé ses yeux…

    Dans cette intrigue très originale, le comique de situation et l'absurde remplacent la vraisemblance, qui ne s'avère pas indispensable : Dupontel n'a pas froid aux yeux, et ça marche ! 

    Le scénario n'est pas le seul aspect marginal du film : le grand nombre de plans obliques manifeste certainement le chaos qui s'est introduit si soudainement dans la vie bien organisée et planifiée de la jeune juge. Dupontel esquisse un monde loufoque et déjanté, sortant tout droit d'un dessin animé, dans lequel certains faits déconcertants semblent « logiques », comme cela est souvent répété dans le film par tout le monde. Quant aux histoires de « globophage », néologisme qui ne choque personne, les témoignages à ce sujet montrent la puissance des médias et de l'opinion publique dans la société : tous sont convaincus de la culpabilité de Bob, jusqu'à son avocat. 

    Le film doit principalement son caractère comique aux dialogues, aux jeux de mots récurrents en rapport avec les yeux, organes que tout le monde semble cacher dès que le nom de Bob est mentionné. Le rythme soutenu nous captive tout au long du film : nous assistons à une succession de calembours et d'accidents à caractère burlesque, notamment ceux que subit De Bernard, un avocat peu apprécié par Ariane, dont on rit autant qu'on le plaint.
    L'intervention brève de Jean Dujardin entant que traducteur en langue des signes à la télévision est hilarante : ses mimes accompagnés de fausses réactions sont des clins d'oeil aux spectateurs et dédramatisent l'agression extrêmement violente qui fait le buzz, même à l'étranger... 9 mois ferme atteint donc une certaine légèreté, et ce, également grâce aux couleurs vives. 
    Nicolas Marié, dans le rôle de Trolos, l'avocat bègue de Bob, dont l'incompétence désespère tout le monde, constitue un facteur comique décisif. Son plaidoyer aux arguments peu traditionnels, mimé et ponctué d'interjections telles que « et toc ! » ou « et vlan ! » est particulièrement mémorable...

    L'efficacité de cet humour décalé est prouvée : on n'hésite pas à rire, et ce, malgré l'horrible situation de la victime qui se retrouve sans yeux ni membres. Ce cortège humoristique dense est d'autant plus efficace qu'il est associé au caractère plus strict et terre à terre de Sandrine Kiberlain, l'actrice idéale pour ce rôle. Cette combinaison, étonnante à première vue, fonctionne totalement !

    Albert Dupontel nous offre un jeu d’acteur grâce auquel nous saisissons tout de suite le personnage : Bob est l'orphelin, expulsé de tous les foyers potentiels, qui n'est pas passé à l'âge adulte.
    En effet, le monstre sans humanité que les gens craignent et que les psychopathes admirent s'avère être un grand enfant inoffensif et même très attentionné. Bob est un personnage simple, il n'a pas fait d'études et lutte avec la langue et les termes judiciaires inutilement compliqués autant qu'un enfant. Albert Dupontel parvient à écorcher des mots sans sourciller et interprète impeccablement le rôle en le rendant très touchant. Bob oblige Ariane à l'aider et essaye d'avoir l'air le plus menaçant possible, mais il parvient surtout à s'attirer la sympathie des spectateurs en un clin d'oeil. La juge ne semble pas résister non plus, et ce, malgré elle : elle tente de se convaincre qu'il est « taré et débile », mais elle est petit à petit attendrie. Elle se libère progressivement, à l'image de son chignon moins tiré ou de ses boutons qui s'ouvrent une fois son ventre arrondi par la grossesse. L'expression sévère de Sandrine Kiberlain se change peu à peu en sourire face à ce grand enfant.
    Un lien touchant se crée alors entre deux personnages qui n'ont jamais eu de véritable famille et qui ont tous deux vu leurs vies bouleversées par les événements de la même soirée.
    Par ailleurs, l'absence presque totale de tension amoureuse est inattendue et très rafraîchissante par rapport aux comédies habituelles.

    La justice est un thème important de 9 mois ferme. Le film s'ouvre sur la statue de la Justice, symbole bafoué peu après par des magistrats et avocats ivres. La justice est également représentée par la voix off solennelle lisant les lettres officielles reçues par  Ariane de sa supérieure, qui résonne comme une entité suprême dont l'autorité ne peut être niée.
    La musique, composée par Christophe Julien, ajoute un côté dramatique très émouvant et accompagne le désespoir d'Ariane et son dilemme entre la justice et sa carrière. La jeune femme cherche la justice en hésitant comme elle ne l'avait jamais fait, d'habitude toujours sûre d'elle en dégainant son tampon « mise en examen ».

    N'hésitez pas et ouvrez grand les yeux : 9 mois ferme vous en mettra plein la vue...


Hélène DUTRUC-ROSSET



 

 

 

 

jeudi 20 mai 2021

Rencontre entre Albert Dupontel et les élèves de Terminale de l'option cinéma dans le cadre du César des lycéens

 


Alexandre Wallon - ENS Louis Lumière pour l'Académie des César 2021


 



COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Paris, le 19 mai 2021


 

 

 


CÉSAR DES LYCÉENS 2021 :
RENCONTRE AVEC ALBERT DUPONTEL

 


Ce mercredi 19 mai, alors que les salles de cinéma rouvrent leurs portes, Albert DUPONTEL, réalisateur du film "Adieu les cons" et lauréat du César des Lycéens 2021, a rencontré en Sorbonne, dans le plus strict respect des consignes sanitaires, des élèves de terminale ayant participé au vote.

 

Pour rappel, le corps électoral était composé de 1 531 élèves de terminales issus de 69 classes de lycées généraux, technologiques et professionnels situés sur tout le territoire métropolitain, en Angleterre, à Mayotte et au Japon.

 

Le César des Lycéens a été attribué suite au visionnage et à l’analyse des 5 films nommés au César du Meilleur Film 2021 par les élèves, en présence de leur professeur, avec le soutien des équipes du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports. Tout comme pour les membres de l’Académie, le vote s’est déroulé entre le 15 février et le 12 mars 2021, évitant toute influence possible entre les deux corps électoraux.

 

Le résultat a, pour la première fois, été dévoilé lors de la 46e Cérémonie des César, le 12 mars dernier sur la scène de l’Olympia, par deux lycéens, choisis par leurs pairs, ayant pris part au dispositif.

 

Une classe d’élèves de terminale a ainsi rencontré ce jour le cinéaste, accompagné de sa productrice, Catherine BOZORGAN, tandis que les lycéennes et lycéens n’ayant pu se rendre à Paris, ont suivi en direct par lien privé et sécurisé cette rencontre depuis leur salle de classe. Ils ont pu échanger et débattre avec Albert DUPONTEL, autour de son œuvre et du cinéma, le temps d’un riche moment de partage et de transmission. Le réalisateur poursuivra ces masterclass en allant dans les semaines et mois à venir à la rencontre d’autres classes ayant participé au vote.

 

Le César des Lycéens traduit l'engagement de Jean-Michel BLANQUER, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, en faveur de l'accès par tous les élèves à une éducation artistique, culturelle et sensorielle de qualité. Il enrichit les différents dispositifs d'éducation au cinéma existants : École et cinéma, Collège au cinéma, Lycéens et apprentis au cinéma, prix Jean Renoir des lycéens, etc.

 

L’Académie des Arts et Techniques poursuivra également ce travail de transmission dans les mois à venir, en proposant aux lauréats de la 46e Cérémonie des César, de retourner dans leurs écoles, pour venir à la rencontre des nouvelles générations.

 

Pour plus d’informations, consultez le site de l’Académie : academie-cinema.org


***


Quelques photos d'élèves...







 

 

 









mercredi 19 mai 2021

jeudi 6 mai 2021

Vive le cinéma !

 


En suivant ce lien, vous pourrez voir le film de Noémie qui rend hommage au cinéma :


mercredi 21 avril 2021

Critiques du film Homesick, de Koya Kamura, par les élèves de Première

 



Homesick ou le deuil

 

Homesick est la première œuvre de fiction du réalisateur franco-japonais Koya Kamura. Ce court métrage, sorti en 2019, se situe au Japon, aux alentours de Fukushima et dans sa no-go zone, deux ans après la catastrophe nucléaire. Le père du réalisateur est né à Nagasaki, deux ans avant le bombardement nucléaire, et souffrira des séquelles dues à l’exposition aux radiations toute sa vie. Le fait que ce court métrage soit le premier du réalisateur est signifiant, puisque le thème de la catastrophe nucléaire et de son impact sur les familles l’a travaillé toute sa vie.

Le personnage principal, Murai, est un père de famille vivant seul dans un des camps pour réfugiés de la catastrophe, en périphérie de la ville. Son travail consiste à se rendre dans la no-go zone afin d’aller y chercher des objets, comme des photos de famille ou des jouets d’enfants, que les réfugiés ont oubliés dans leur maison, maintenant rendue inhabitable. C’est durant ces excursions, quasiment quotidienne, qu’il peut revoir son fils Jun, mort lors de la catastrophe. Il revient donc inlassablement dans cette zone funeste et dangereuse pour sa santé, afin de faire revivre, par ses souvenirs, ce fils qu’il a perdu, le père en combinaison contre les radiations, le fils les jambes et les bras nus.

Le court métrage oscille donc entre deux mondes, le monde des vivants, amer et impersonnel, où les réfugiés sont entassés dans des préfabriqués installés dans l’urgence, et le monde des morts, du souvenir, où Murai recherche en vain à retrouver l’ancienne vie des autres mais surtout la sienne, son fils, et peut-être sa femme.

 Malgré la critique du nucléaire, cause qui tient à cœur au réalisateur, le film se concentre sur un aspect très précis de la culture japonaise qu’il essaie de développer : l’importance du deuil. Les voisins de Murai ne parlent que de cela : cette année, deux ans après la perte de nombreux proches, ils vont enfin pouvoir faire leur cérémonie de deuil. Cette action est primordiale : quand on rend les libations à un proche, on fait bien plus que l’honorer, c’est le premier pas vers l’acceptation de leur trépas, qui aboutira à la reconstruction des vivants, à la construction d’une vie sans le défunt. Sans cela, et surtout dans la culture nipponne, l’état de tristesse des vivants et de regret du défunt peut rester constant. Murai, contrairement à ses voisins du village de préfabriqué, dit au début du film qu’il n’installera pas une lanterne pour son fils lors de la cérémonie. Le personnage de Murai en devient alors intéressant, car on comprend qu’il ne veut pas faire le deuil de son fils, de sa vie antérieure : il vit dans le passé, s’accrochant à ses souvenirs et n’acceptant pas le présent.

 En effet, dans sa vie au village, tout montre qu’il ne s’installe pas, il ne considère pas le présent comme ce qu’il est, mais comme une contrainte, une étape difficile avant le retour à la vie normale, à sa famille dans sa maison d’origine. Il vit dans un appartement vide, il se nourrit de nouilles instantanées dans des bols en carton avec des baguettes à usage unique. La lumière, très travaillée dans le film, sait sublimer les décors tragiquement somptueux de Fukushima en ruines où se retrouvent le père et le fils, comme une version idéalisée du souvenir. Dans les scènes de l’appartement de Murai, la lumière est extrêmement sombre. Il vit dans la pénombre, faiblement éclairé par des néons de cuisine et des lumières de bureaux. Dans le monde des vivants, Murai vit dans le noir, comme un mort, ce qui est une façon désespérée de se rapprocher de son fils qui l’est vraiment, lui. Sans son fils, Murai n’accepte pas de vivre. Cette répétition dans la vie antérieure, quasiment religieuse dans sa perpétuation aliénante, est aussi illustrée par le personnage de la mère de Jun. On comprend qu’elle est encore vivante, mais qu’elle a quitté Murai. Ce dernier l’appelle inlassablement, et tombe systématiquement sur sa messagerie. Il raconte donc, dans le vide de son répondeur, sa journée, ses angoisses, etc. Murai sait qu’elle ne décrochera jamais : le but n’est pas de la reconquérir, mais de perpétuer l’illusion de leur vie antérieure, de continuer de vivre de la même manière. Ce personnage inspire donc une grande pitié aux spectateurs tant il est malheureux et aveuglé par sa douleur.

 La trame du court métrage se développe autour du procédé de deuil de ce père. Il se fait petit à petit, grâce à l’aide d’une voisine, qui va faire naître chez lui des sentiments amoureux. Cette personne lui redonne goût à la vie présente, lui proposant significativement de cuisiner pour lui. Ainsi, malgré les tourments liés à l’impression d’abandonner son fils, de le laisser mourir, il accepte d’allumer une lanterne pour son enfant, pour le libérer : Murai accepte enfin sa mort.

 Cette histoire, émouvante sans pour autant nous tirer des larmes, m’a énormément touchée. Ce portait si tragique et pourtant si authentique de l’amour paternel est très juste dans son équilibre entre détresse et moments de vie, presque d’oubli, où Murai parle et rit avec sa voisine. Les personnages en deviennent humains, leur douleur devient universelle.

  Claire

 


Homesick de Koya Kamura, un film émouvant et qui interpelle

 

Homesick est un film sélectionné aux César 2021 dans la catégorie courts métrages et réalisé en 2018. Je parlerai dans un premier temps des personnages et de leurs caractères, puis dans un second temps de la réalisation qui permet de développer l’émotion du spectateur.

Le court métrage Homesick a été réalisé par le réalisateur français Koya Kamura. Il raconte un drame qui se déroule au Japon dans la région de Fukushima. On y retrouve Murai, un père seul qui vit dans un décor triste. Il est collecteur dans une ville sinistrée et récupère des objets qu’il donne gratuitement aux habitants de son village.

Son fils Jun, qui est probablement mort, l’accompagne dans son imagination comme fantôme car son père ne peut pas le voir disparaître. Murai est séparé de sa femme, suite à la mort probable de leur fils. Il l’appelle chaque soir sur sa messagerie pour lui raconter sa journée.

 Par la suite, il fait la rencontre d’une femme de son village qui veut aller déposer les cendres de sa mère aux côtés de celles de son père. Elle l’invite à manger, ce qui pousse Murai à tourner la page sur son passé.

 La réalisation du film permet de développer l’histoire. La musique, très présente dans le film, permet de transmettre des émotions au spectateur. Le réalisateur y ajoute des plans marquants. Un particulièrement, au milieu du film, représente une scène en bord de mer avec une tortue et le fils de Murai. Mais également, à la conclusion du film, avec une mise à l’eau de lanternes en présence du mirage de son fils. Typique au Japon, ce rituel des lanternes a lieu lors de décès, ce qui signifie probablement que Murai a fait le deuil de son fils.

Tout au long du film, nous suivons donc la crise personnelle du père, Murai, qui n’arrive pas à tourner la page sur son passé. Il y parvient grâce à une femme qu’il rencontre dans son village. Je pense que Koya Kamura a voulu illustrer dans son court métrage les désastres qu’ont pu causer les catastrophes naturelles et nucléaires, et il décrit au passage la santé morale des victimes qui n’arrivent pas à oublier leurs proches perdus.

 Julien


Homesick, entre la vie et la mort

 Deux ans après la catastrophe nucléaire de Fukushima, Murai hante la no-go zone afin de retrouver et de rendre à leurs propriétaires les objets de valeur laissés derrière eux pendant l’évacuation. Mais derrière ce théâtre mortifère, c’est l’inconscience, la culpabilité et le sens du sacrifice qui le poussent à se mettre en danger pour passer du temps avec le fantôme de Jun, son fils de huit ans, qui vagabonde dans la no-go zone depuis le tsunami.

En effet, le sujet prend place sur les lieux de la catastrophe de Fukushima et tous les personnages sont des habitants des sites touchés par les radiations de la centrale détruite à la suite du Tsunami. Le Japon, des acteurs japonais et la langue japonaise sont donc les composantes essentielles à la réussite d’un tel projet.

Le salon d’une vieille maison délabrée. Le sol est recouvert de meubles cassés, de boue et de détritus, qui composent un décor assez triste et sinistré. Dans l’appartement du père, une seule lumière est allumée. Autour d’elle, tout est dans l’obscurité.

Entre réalité et fantastique, entre rêve et cauchemar, ce film est à la frontière entre deux mondes. Celui de l’avant et de l’après tsunami, celui de la vie et de la mort. Même s’il s’agit d’une fiction au caractère fantastique, cette narration est ancrée dans un contexte réaliste.

Visuellement, la no-go zone propose un monde tristement cinématographique et poétique. Dans ce décor surréaliste on trouve tous les objets du quotidien presque intacts mais abandonnés. Le temps est comme arrêté, et cette histoire peut sembler se passer au cœur d’un rêve. Un rêve et non un cauchemar, car les personnages sont plongés au cœur d’un drame effroyable mais l’acceptent avec sagesse ou fatalité. Malgré le thème de la mort, il y a aussi le thème du retour à la vie, par exemple à travers la rencontre avec une autre femme.

Mis à part certains moments dramatiques, la bande musicale originale accentuera la tonalité optimiste du film. Elle consiste en une musique orchestrale assez minimaliste, avec une mélodie simple et discrète. Sans tomber dans le mélo, la musique amplifiera l’émotion des personnages et celle du spectateur.

D’après moi, ce film est magnifique. Il nous montre un sujet très important, fort et touchant. On est plongé dans une réalité dure nous laissant toutefois un éclair d’espoir à travers l’art du cinéma.

 Chiara


*****


HOMESICK, ENTRE JAPON ET ILLUSION.

Après la catastrophe de Fukushima,

un père traverse les débris nucléaires pour retrouver son fils.

  

Le Japon des lanternes, le Japon de mère nature, le Japon du silence ou bien encore des pâtes instantanées…

C’est dans une fiction attendrissante que le réalisateur français Koya Kamura signe son premier court métrage, et offre ainsi un portrait conté de la tragédie de Fukushima.

Dans des paysages nippons aux couleurs du printemps, l’ancien publicitaire nous raconte à sa façon le deuil d’un père qui a perdu son fils Jun lors de la tragédie de 2011. A travers le père, Murai, le jeune Kamura dresse une thérapie du deuil en fiction. Il aborde dépendance, rêve, dépression, suicide… tout en gardant ce format d’histoire, presque de légende, marquée par un double regard : celui du père incapable de toucher son fils après l’accident, et celui du fils encore naïf et joueur, inconscient de la tragédie qu’il représente.

 Avec une première scène dans une ambiance de thriller/fiction faisant penser à Alien, on se rend vite compte que la combinaison blanche est trompeuse. Un petit garçon apparaît comme d’entre les morts et nous remet les pieds sur terre. Mais pas pour longtemps. Effectivement, sans trop le savoir, Homesick nous transporte dans un univers de poésie et de tableaux, avec une réalisation qui prend son temps et caresse la nature et les paysages d’Asie, ce qui rappelle un cinéma d’avant plus simple que celui d’aujourd’hui, où l’acteur partageait le rôle principal avec la nature.

 Pourtant, Koya Kamura représente un univers moderne et récent avec des scènes montrant soit des barrières, soit un village, ou encore une voiture ou un coup de téléphone. La qualité de l’image témoigne des progrès technologiques avec des plans nets, combinés à des scènes nettes, qui contrastent avec une histoire pas si nette.

On se rappellera des scènes avec une voiture traversant un paysage rural, sorte d’espace naturel non encore habité.

 Comme aux premiers amours, Murai fait la rencontre de Mme Kimura, sa voisine divorcée qu’il n’avait pas encore aperçue. Il doit alors décider entre vivre dans le présent ou dans le passé, passé auquel il se raccroche par des coups de fils sans réponse à son ancienne femme. Débute une romance compliquée mais réaliste, avec des personnages qui communiquent dans un face à face équilibré et où le silence et les mots elliptiques et maladroits - ou bien choisis - renversent les codes des films à l’eau de rose classiques.

Le scénario du court métrage s'accorde avec l’aspect dramatique de la réalisation. On y voit des paysages d’un Fukushima dévasté, avec des épaves de bateaux qui ne font qu’un avec le vert des champs, tantôt expliqués par un regard jeté à un fils défunt, dans un cimetière lui aussi, fondu dans la verdure.

 

Les acteurs très attachants donnent au court métrage une touche de dessin animé, de douceur enfantine, avec un jeune Shota Ikoma dans le rôle du fils qui apprend à jouer au baseball avec un père, personnage principal, incarné par Tasuku Nagaoka.

 

Kamura se plaît à prendre son temps, à nous faire découvrir pas à pas l’histoire, comme un puzzle déplié sur une table, comme si nous pouvions lire à travers les lignes d’une nouvelle de Maupassant. Il pousse à son paroxysme la cinéphilie et offre pour seuls indices des plans qu’il faut laisser nous bercer.

 Des lanternes sur un lac, c’est peut être cette fin qui représente le mieux ce court métrage: une histoire simple, profonde, qui se veut éphémère mais qui reste éternelle aux yeux du spectateur.

 Cette fiction dramatique et psychologique annonce un nouvel artiste qui sait mettre l’eau à la bouche.

 

Magdalena


*****


Le drame du deuil

 

            Homesick est un court métrage touchant et émouvant de Koya Kamura, racontant l’histoire de Murai, un homme bravant le danger et arpentant la no-go zone deux ans après la catastrophe de Fukushima, afin de passer plus de temps avec Jun, son fils de huit ans.

            Dans son court métrage, Koya Kamura réussit avec brio à exprimer l’émotion et les sensations qu’on pourrait éprouver, en allant dans la zone, un endroit totalement laissé à l’abandon après la catastrophe, avec des maisons à moitié en ruines, délaissées par leurs habitants. On peut aussi voir une nature qui reprend ses droits et envahit entièrement les lieux aménagés autrefois par l’homme, donnant de sublimes plans, à l’ambiance paisible, comme ceux tournés près du manège.

            Quand la caméra s’élève au-dessus du parking, montrant peu à peu des centaines de petites habitations identiques les unes aux autres, le réalisateur arrive à montrer la détresse de ces gens qui ont perdu leur logement, leur famille, et qui sont contraints de vivre dans un confort minimal, qu’ils espèrent provisoire.

            Murai est un personnage émouvant qu’on va suivre peu à peu, au fil du court métrage, dans son processus de deuil. Le spectateur, qui peut également voir Jun, va s’attacher à cette relation père-fils, même si elle n’est en réalité plus existante, puisqu’on comprendra que malheureusement Jun est mort, probablement durant la catastrophe.

            Un spectateur qui se retrouvera au bord des larmes lors d’une scène d’adieu plus qu’émouvante, dans un décor enchanteur et féérique baigné par la lueur des lanternes.

            Murai a enfin laissé le passé derrière lui et va pouvoir aller de l’avant, peut-être avec l’aide de sa gentille voisine qui est pratiquement son seul lien avec le monde réel depuis le début de l’histoire.

 

 Manon

 

 *****


Homesick, un drame humain

   

            Première œuvre de fiction du réalisateur franco-japonais Koya Kamura, le court métrage de 27 minutes immortalise un drame onirique expressément captivant. L’émouvant récit traite de questions comme le deuil et les relations humaines, avec pour toile de fond un monde dévasté.

             Murai est un collecteur. Deux ans après la catastrophe de Fukushima, il explore la zone irradiée, cherchant les souvenirs qu’on lui demande de retrouver. Lui, par la même occasion, passe du temps avec son fils Jun, laissé seul dans la no-go zone. Le couple qu’il formait avec la mère de Jun ayant explosé, Murai s’enferme dans une situation sinistre, et en devient aussi fantomatique que son fils.

            Ce film se construit autour de ce rapport particulier avec la mort au Japon. Une harmonie entre absence et souvenir y règne. Homesick est un film cohérent, intelligent, un film humain. Kamura y exprime des émotions simples et pures. Dans cette zone interdite est renfermée une nature verte et luxuriante. Synonyme d’une richesse intérieure, elle nous rappelle Murai, brisé, dont l’espoir renaît après la rencontre avec une femme. Ses voyages dans la zone interdite sont des voyages fantasmés, rêvés. Puis le compteur Geiger sonne, le réveille, ramène Murai à la réalité, l’éloigne de son fils une fois de plus.

            Le rythme du film est lent, calme. La musique, la lumière, maintiennent un équilibre tout au long de l’œuvre. On peut souligner le rapprochement de Murai avec Mme Kimura, qu’il a accepté d’emmener dans la zone. D’abord filmés en champ-contrechamp, les personnages se retrouvent tous deux dans le même plan lors du retour au village.

            Les visuels du court métrage rejoignent ceux de Miyazaki d’une certaine manière. Ils sont à la fois esthétiques et très poétiques, comme par exemple lors de la scène des lanternes, symboles du deuil, qui s’éloignent de la famille…

             Koya Kamura confie dans une interview qu’il est lui-même père d’un fils. Il projette dans son film sa plus grande peur : la perte de son enfant. Homesick, c’est la naïveté d’un père abattu, l’évolution d’une relation fondée sur le déni. Un magnifique court métrage poussant à une réflexion sur notre condition, démontrant que rien n’est éternel.

  Gabriel


*****


Homesick, mystère et interprétation


            Ce court métrage n’est pas a priori le genre de film que j’aime regarder, et pourtant, il contient des choses que j’ai beaucoup aimées. D’abord, je ne sais pas si c’est à cause du format du court métrage, mais le réalisateur nous montre des choses sans les développer. Alors notre imagination travaille. Par exemple, on ne connaît pas la nature du fils, on ne sait pas s’il s’agit d’un fantôme, ou s’il est le produit de l’imagination de son père. Libre à nous de décider selon nos préférences. Il y a aussi des plans un peu longs sur la nature, mais bien dosés. Bon film.

 

 Simon D.

 

 *****


Le deuil en poésie

  

            Dans son court métrage Homesick, Koya Kamura a réussi à traiter un sujet dramatique (celui du deuil d’un père après la mort de son fils) avec subtilité et poésie. En effet, cette zone irradiée et désertée, qui au premier abord pourrait paraître effrayante et synonyme de désolation, se transforme en un endroit calme et paisible où règne comme un sentiment de paix.

A travers des plans magnifiques, une musique poétique et une complicité touchante entre un père et son fils, le réalisateur traite de manière originale le thème du fantôme et du surnaturel. La scène des lanternes qui sert d’hommage aux personnes disparues est marquante et particulièrement réussie du point de vue formel. Elle exprime un sentiment d’espoir face à la mort. Le réalisateur parvient à rendre perceptible le monde des morts et le fait que le personnage principal oscille entre ce monde et celui des vivants met en évidence cette perception.

            Le jeu très touchant des deux acteurs principaux (le père et son fils) est à noter. La grande part faite au silence, associée à la beauté des plans, intensifie encore la sensation de paix et fait de ce film une œuvre singulière et d’une grande beauté.

  Angèle

 

*****


- HOMESICK -

Après la pluie, le beau temps

 

Il manquerait sûrement des mots à quiconque tenterait de décrire l'ambiance si particulière de Homesick, court métrage sorti en 2018 et réalisé par Koya Kamura.

Dès les premières secondes, l'apparition fantomatique d'une maison en décomposition marque la rétine du spectateur par son atmosphère sombre et mystérieuse. Un travail sur les accessoires est immédiatement remarqué. Chaque recoin de la pièce est méticuleusement organisé et rien n'est laissé au hasard. Tout est là pour rendre crédible la situation à laquelle le personnage et les spectateurs doivent faire face durant les années suivant une catastrophe nucléaire, un monde dystopique dans lequel le COVID-19 passerait pour une vilaine grippe. Ce sujet, bien que délicat, est admirablement traité et se traduit par un conte poétique toujours paisible, même dans ses instants les plus durs. 

Homesick, par plusieurs aspects, évoque la mort, le deuil et le retour à la vie. S'il faut attendre la fin du court métrage pour avoir les réponses à plusieurs questions, le sujet est bel et bien traité durant tout le film. Le personnage principal est un homme profondément seul, depuis peu célibataire et dont la seul famille, son fils, est contaminé et vit dans une zone évacuée. Murai se voit donc passer son temps entre son minuscule appartement parmi tant d'autres et la zone déserte qu'occupe son fils, zone dans laquelle ils passent le plus clair de leur temps à chercher une balle de base-ball perdue. Que ce soit dans les zones vides où Murai est majoritairement filmé seul ou dans ce qui s'apparente à un milieu urbain, la solitude du personnage est exprimée continuellement. Lors d'une  de ses deux seules interactions avec un personnage annexe, Murai est isolé, que ce soit en le cadrant séparément de sa passagère en voiture (ce qui est quand même compliqué) ou en l'apercevant flou en arrière-plan lorsque cette dernière se recueille sur la tombe de sa mère.

Il est également notable que la Mort est au centre du récit. Spoil oblige, un twist apprend au spectateur que le fils de Murai est mort et que c'est son souvenir auquel son père se raccrochait dans l'espoir de le retrouver, ou par peur de l'oublier. Paradoxalement, la plus belle scène du film est sans doute celle durant laquelle se déroule un rituel funéraire. Toutes ces lanternes oranges qui flottent et se reflètent dans l’eau représentent chacune une personne disparue : et c'est aussi un thème du film, les choses qui disparaissent. Murai vit dans le passé, de par sa relation fantasmagorique avec son fils disparu, mais aussi à travers des détails : son réflexe d'utiliser un clignotant dont l'utilité est depuis longtemps désuète ou bien les messages qu'il laisse sur le répondeur de sa femme disparue de sa vie. Son métier est également significatif : appelé Collecteur, il erre dans la zone contaminée, de maison en maison, afin de récupérer des objets appartenant aux familles souhaitant conserver des souvenirs de leurs proches. Il vit physiquement dans le passé.

Tout cela montre que le personnage refuse d'avancer, et ce, jusqu'à un certain point. La mort et le souvenir laissent place au deuil et au retour à la vie. A leur retour du cimetière, Murai et sa passagère ne sont plus filmés séparément. Les plans serrés se transforment en un plan-séquence qui englobe les deux personnages et qui sonne comme une bouffée d'air frais. Le dernier plan et tout autant libérateur : le père et son fils sont assis au bord d'une rivière de la zone contaminée. Après qu'il ait enlevé sa combinaison de protection, Murai s'assoit et prend son fils sur les genoux. L'homme étant filmé de dos, le spectateur voit l'enfant disparaître dans la silhouette de son père. Murai a accepté la réalité, a enfin arrêté d'être homesick, d'avoir le mal du pays, ou plutôt celui de sa vie d'avant ; et bien qu'il se retrouve seul, assis devant nous, il n'est plus seul pour la première fois depuis longtemps.

Simon H. C.

 

*****


Homesick, un court métrage émouvant, placé sous le signe du renouveau

 

Homesick, de Koya Kamura, est impressionnant, aussi bien en termes d'écriture que sur le plan de la réalisation. Sorti en 2019, il est le premier court métrage du réalisateur et scénariste franco-japonais et remporte le prix du meilleur réalisateur et le grand prix du festival Hollyshorts d'Hollywood la même année. 

 

Homesick est un court métrage poétique et subtil, que tout le monde saurait apprécier. L'histoire, prenante, s'inspirant de la catastrophe de Fukushima au Japon, nous présente Murai, incarné par Tasuku Nagaoka, un homme meurtri incapable de faire le deuil de son fils. Le film peut tous nous toucher car il évoque la relation du père et de son fils, Jun, joué par Shota Ikoma, qui est au cœur de l'intrigue du film. Le fait que le père se mette en danger pour retrouver son fils, ou du moins les souvenirs qu'il a de lui est touchant, et leur complicité est palpable grâce au jeu très crédible des acteurs. Le réalisateur nous montre Fukushima comme un désert, mais avec des plans pleins de verdure, qui renforcent le naturel et la pureté de la relation du père et de son fils associés à une musique d'orchestre classique. La force du film est d'ailleurs également basée sur la photographie. Les plans travaillés, émouvants sans jamais être sordides, donnent une certaine légèreté au film, bien que ce dernier se situe peu de temps après la catastrophe nucléaire, et démontrent un choix particulier de Kamura à ne pas exagérer l'aspect tragique de la situation. L'histoire est belle, elle n'est pas uniquement dramatique, car le personnage de Murai réussit à se détacher du fantôme de son fils et de son ex-femme, notamment grâce à sa voisine et à la rencontre de Mme Kimura qui lui donnent les clés pour aller de l'avant. Un aspect remarquable du film est que le mystère plane sur le fils, Jun, tout au long du film. Bien que l'on se doute que quelque chose ne tourne pas rond, on ne sait jamais exactement quoi. Ce mystère pousse souvent le spectateur à réfléchir et se poser des questions. 

 

Homesick est donc le court-métrage à voir absolument si vous souhaiter passer un bon moment. C'est un film complet, touchant et agréable qui correspond à un large public. Invitez-donc vos enfants à le regarder avec vous ! 

 

Matisse


*****


Le mirage de Jun


    Ce court métrage raconte l'histoire d'un homme en combinaison de sécurité qui va dans la zone irradiée de Fukushima. Il cherche des objets laissés sur place et les rapporte à leurs propriétaires qui veulent récupérer des souvenirs. Ces gens sont logés dans des camps de réfugiés, à plusieurs kilomètres de la zone interdite. Lors de ses passages dans la ville abandonnée, il est accompagné d'un mystérieux petit garçon qu'il semble bien connaître, mais qui, lui, ne porte aucune combinaison de protection...

    En moins d'une demi-heure, le réalisateur japonais veut nous faire ressentir profondément le drame vécu par son pays avec la catastrophe de Fukushima. Pour ce faire, il commence avec une scène bizarre où un homme en combinaison de sécurité fouille une vieille maison abandonnée. Lorsqu'il sort de la maison, on comprend qu'il se trouve dans une ville dévastée et vidée de ses habitants.

    On comprendra aussi plus tard que le petit garçon qu'il retrouve dans cette ville est son fils, ou plutôt, soit le fantôme de son fils, soit un rêve, car son fils est mort dans la catastrophe. Cette manière de nous faire approcher ce terrible deuil du fils par cet homme est très émouvante. On y sent la pudeur traditionnelle de la culture japonaise vis-à-vis des sentiments.

    La dimension esthétique est par ailleurs essentielle pour le réalisateur. Les plans, notamment sur les paysages, sont très beaux. La scène dans un parc d'attraction abandonné est visuellement dramatique, car elle évoque le séisme meurtrier, dévastateur. La grande roue abîmée et le vieux manège apportent une beauté toute simple, mais très touchante. De même, la dernière scène - celle des lanternes -, qui est ma préférée, est très forte. En effet, on y voit le contraste entre les lanternes éclairées et le lac bleu foncé dans la nuit. Les lanternes éclairent le paysage, et d'une certaine manière, réchauffent le coeur de Murai et celui du spectateur.

    Les plans sont parfois très sombres, ce qui donne un côté sinistre. Ainsi, on peut s'identifier au père, puisqu'il est horriblement difficile de faire le deuil d'une personne qui nous est très chère. Alors on essaie de se rattacher à quelques bribes de souvenirs de cette personne. En l'occurrence, les souvenirs, pour Murai, sont représentés par le fantôme de son fils. Il y a cependant des plans colorés, notamment avec la végétation tropicale du Japon que l'on voit parfois quand Murai est sur la route.

    Je trouve très émouvant le fait que Murai, le père, éprouve toutes ces difficultés à faire le deuil de son fils Jun. Ainsi, il aperçoit ou bien il imagine (le réalisateur laisse les deux options possibles) le fantôme de son fils, et il lui parle. 

    La tristesse du père se traduit aussi par le fait qu'il se néglige. En effet, il se nourrit mal, uniquement avec des conserves. A la fin, cependant, un espoir semble apparaître avec la rencontre d'une jeune voisine, elle-même veuve. Ils semblent tous les deux vouloir se connaître davantage...


Victoria


    

*****



Sur le film et son tournage, voir la page du CNC :

« Homesick » : un tournage au Japon en « no-go zone » | CNC 


Le film est encore visible pour quelques jours (jusqu'au 11 mai) sur le site d'Arte :